Extraits Dialogue n° 167

Dialogue n° 167 - Mettre en valeurS

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Editorial

  • Mettre en valeurS les valeurs de la République   Lire
    Le collectif Dialogue

Des principes

  • La démarche d'auto-socio-construction des savoirs. Enjeu d'émancipation
    Odette BASSIS, Docteur en sciences de l'éducation, Présidente d'honneur du GFEN

    La notion de démarche d'auto-socioconstruction du savoir, précédée d'un long chemin historique d'avancées, est constitutive d'une interaction décisive entre théorie et pratique, entre pensée et action au coeur même de l'acte d'apprendre, à l'école comme en formation. Deux enjeux délibérés :
    - Le refus d'un rapport « codifié » aux savoirs où la réussite scolaire dépend d'une mise en allégeance à un « bien penser » d'une culture dominante accommodée aux privilèges de l'excellence-pour-quelques-uns. Et cela, alors que sont escamotées, au coeur même des savoirs « enseignés » tant à l'école qu'en formation et sous couvert d'explications appliquées et d'exercices pré-établis, les ruptures émancipatrices de ces savoirs en leur raison d'être.
    - Le refus de voir tant de laissés pour compte à l'école, par l'école, mis à la marge de la société et rendus responsables de leur sort, voués ainsi à quelque fatalité dédouanant toute autre responsabilité possible. C'est le refus du gâchis de tant de potentiel humain, dès l'école, alors que l'expérience concrète d'une autre entrée dans les apprentissages montre qu'une voie émancipatrice
    est possible, tournant le dos à la fatalité doué-non- doué au coeur même de l'acte d'apprendre.

  • Rengaines d'hier, rengaines d'aujourd'hui
    Jean-Louis CORDONNIER

    Entre 1918 et 1944, la querelle pédagogique n'a pas été moins vive qu'aujourd'hui. L'extrême droite royaliste et pétainiste s'en est donné à coeur joie, développant un discours proche des réac-publicains d'aujourd'hui. La gauche d'alors lui a souvent emboîté le pas.
    Déplorer l'abandon des savoirs et la « baisse du niveau » fait partie des rengaines bien anciennes et présentes depuis longtemps dans les diatribes réactionnaires. S'y adjoignent des reproches aux professeurs ; coupables de paresse, de lâcheté, d'incompétence voire de moeurs dévoyées, bref responsables de tout ce qui va mal.

  • « Pour une éducation au politique par l'école »
    Philippe MEIRIEU

    Intervention lors du débat public organisé par le GFEN 28 à Chartres le 30 mai 2016. Texte de travail extrait de la transcription faite par Jean BERNARDIN, à partir des propos de Philippe Meirieu et des échanges avec les participants.
    L'École est-elle un espace politique ?
    Pour Hannah Arendt, il y a différence radicale entre l'autorité qui s'exerce en éducation et l'autorité qui s'exerce dans la Cité démocratique, entre adultes qui se reconnaissent réciproquement comme citoyens. L'École est un espace «pré-politique » : on ne peut éduquer que les enfants. Toute éducation doit avoir un terme, une limite claire entre ceux que l'on peut éduquer et ceux qui décident de l'éducation des autres et de leur propre formation... faute, sinon, de basculer dans une forme de totalitarisme. [...]

Des élèves acteurs dans les valeurs

  • Petits exercices de citoyenneté en maternelle
    Sophie REBOUL, pour «Le chef d'équipe régulateur et porte parole du groupe» et pour «Ateliers philo»
    Catherine LEDRAPIER, pour «Le pouvoir de penser et gérer son temps dès l'école maternelle»

    Le « chef d'équipe », régulateur et porte-parole du groupe
    Le travail du domaine « agir, s'exprimer et comprendre à travers l'activité physique », demande parfois une organisation en ateliers : un groupe d'élèves s'exerce durant un temps sur un dispositif, puis un autre et ainsi de suite jusqu'à expérimentation de tous. Dans ma classe, les ateliers sont installés la veille par un groupe d'élèves qui a en charge de communiquer à la classe les consignes d'exécution et les critères d'auto-évaluation. A chaque début de séance, le cadre et les règles sont rappelés.
    Alors que tout me semble mis en place pour éviter les problèmes de fonctionnement, je me retrouve envahie de sollicitations individuelles parasitaires à propos de soucis divers et variés : « il m'a poussé », « elle m'a doublé », « il s'est moqué », « elle veut pas faire »... La dynamique est brisée, mon attention monopolisée par la gestion au coup par coup des problèmes rapportés. Pour y remédier [...]


  • Des élèves en leur salle de classe : coopération, citoyenneté, engagement et transformation sociale en acte dans un projet auto-géré
    Romain GEFFROUAIS, professeur d'histoire géographie enseignement morale et civique

    Un vendredi matin d'avril 2015, je viens d'avoir la 2nde 6 du lycée Chérioux de Vitry-sur-Seine (94). C'est une classe de seconde générale avec une option bien particulière : Création et Culture Design (CCD) qui doit les préparer à intégrer une première technologique Arts Appliqués. L'année s'était jusque-là très bien passée, nous avions expérimenté plusieurs démarches qui les avaient enthousiasmés. Le travail que les élèves doivent effectuer ce jour-là consistait à répondre à une fausse interview sur Léonard de Vinci et nécessite de découper des questions sur des bouts de papier, de les coller dans leur cahier et d'y répondre en dessous. Une activité somme toute banale mais qui génère une quantité non négligeable de petits bouts de papier qui jonchent
    le sol et les tables à la fin de l'heure. La sonnerie libératrice retentit, les élèves filent et ce n'est qu'une fois seul dans la classe que je me rends compte des dégâts.
    Les jours qui précédaient cette mésaventure, j'avais eu plusieurs discussions avec les agentes d'entretien qui dénonçaient alors au militant syndical que je suis d'une part l'utilisation de produits qui leur rongeaient la peau et d'autre part la prolifération des dégradations dans les classes et l'état parfois déplorable des salles de cours.


  • Déconstruire la notion d'expert à partir de la simulation de conférence de l'ONU avec des lycées du bassin d'Annecy
    Colette CHARLET

    Le pourquoi de l'initiative, dite du NUSAB (Nations Unies Simulation Annecy Berthollet)
    Depuis 2015, plusieurs lycées du bassin d'Annecy se réunissent pour vivre sur deux jours une conférence de l'ONU. Durant deux ans, elle fut consacrée à la question de la crise migratoire. En 2017, le thème porta sur « l'Afrique continent du futur ? ». Bien sûr, cela demande une préparation directe et indirecte, car on a toutes sortes de représentations dans la tête. On réfléchit à partir de documents et on se questionne. On les confronte à partir de situations problèmes rencontrées sur ce continent ; par exemple : les discriminations sociales, l'accaparement de richesses et crises économiques, les violences faites aux femmes, l'enrôlement d'enfants soldats, etc. On peut aussi s'adresser directement aux institutions internationales sur Genève. D'ailleurs à chaque fois, un ou deux experts sont présents. Cette année ce fut Damien Naon-Ib Somé (Africa Progress Panel) permettant de découvrir l'environnement international loin des clichés habituels.
    Alors, quels dispositifs sont mis en place avec les élèves, avant la session 2017 ?

Des adultes acteurs dans la cité

  • Stage de Libération Transartistique
    Meryl MARCHETTI

    Analyse de situation
    Son corps est à lui, mais il n'a pas l'usage de ses pouvoirs. Il a beau franchir les murs sans résistance, le fantôme s'enferme. Il s'enferme dans ses souvenirs, sans jamais les reconnaître pour siens ; il étale sa prison mais ne l'habite pas. Il apparaît comme le  double de son double enregistré, vain système de gestes. Dans notre société l'artiste produit – par exemple l'écrivain des textes – pour un éditeur chargé de vendre ce produit. C'est-à-dire pour un patron qui soit commande la réalisation du produit afin que celui-ci plaise, soit trie les produits pour contrôler la rentabilité de son artiste. L'oeuvre n'a pas de forme mais la morphologie même du fatidique.
    Et c'est très agréable pour l'artiste de répondre aux attentes de son éditeur/galeriste/producteur, à travers la reconnaissance de sa production l'artiste peut croire : à ses savoirs, à sa technique, à une identité révélée, au génie... il se procure ainsi un rassurant sentiment d'exister et de croître. Il croît à l'intérieur d'un oeuf suffisamment élastique pour que toutes ses tentatives de s'extérioriser reviennent vers l'intérieur. Il butte contre sa cuirasse. Trouverait-il de l'inconnu, il ne le reconnaîtrait pas ou se détruirait. Il a incorporé la contrainte patronale et se conforme à l'image qui le contient.

  • L'atelier de création entre l'artistique et le politique
    Interview de Stéphanie FOUQUET par Josette MARTY

    Josette M : L'atelier d'écriture dans sa genèse doit beaucoup à la recherche effervescente, en « gueuloir », de nos amis qui ont ouvert la voie de l'atelier vers 1975. Je ne citerai aucun nom de crainte d'un oubli. En tant que témoin de l'évolution de l'atelier d'écriture au sein du Secteur Poésie, le festival d'Uzeste a accéléré pour vous, toi et les collectifs de création, l'entrée de l'oralité et de l'improvisation dans l'écriture. A quel moment a surgi l'avancée de l'atelier dans l'oralité, et l'improvisation ?
    Stéphanie F : Difficile de savoir où se situerait ce moment de bascule. Surgissement ou lente avancée. J'ai découvert le festival d'Uzeste en 2008. Le festival, et le stage qui le précèdent étaient vécus comme un laboratoire artistique. L'improvisation en était la pierre d'achoppement. J'ai cherché à comprendre la place du GFEN dans cette aventure. Le festival était un lieu d'investigation, un lieu d'effervescence et de pensée. L'oralité avait déjà une grande place dans les pratiques uzestoises du GFEN (voir le film interview de Michel Ducom tourné en 2009). Michel inventait les ateliers d'improvisation poétique orale. Méryl Marchetti faisait ses premiers pas sur scène. Les gueuloirs invitaient les festivaliers à venir dire leurs poèmes.
    Pour ma part, je cherchais la place du collectif dans ces pratiques. Comment construire du collectif ? Comment s'assumer collectif artistique alors que le festival ne mettait que des noms d'artistes sur les programmes ?

  • Citoyenneté gigogne en formation d'ingénieurs
    Michel HUBER

    « Faites-en vos égaux pour qu'ils le deviennent ! ». Cette interpellation du grand Jean-Jacques a toujours été au centre de ma conception de l'éducation.
    Un événement fortuit a fait revenir en ma mémoire un dispositif de formation d'élèves Ingénieurs que nous avions conçu à l'ENESAD (devenu aujourd'hui AGROSUP DIJON). Il répondait à cet adage : « Faites-en des citoyens dans les apprentissages afin qu'ils forment à leur tour des citoyens dans le savoir. »
    Un « succès de librairie »
    Septembre 2017, lors d'une réunion de notre association Mémorap1 dans les locaux d'Agrosup Dijon, on me remet les « planches situations-problèmes » produites par des élèves-Ingénieurs en 2016. Elles illustraient des thèmes transdisciplinaires :
    - « Le sol n'est pas marron, il est vert ! »
    - « Nous sommes tous permaculteurs ! »
    - « Arbres et vignes, amis et/ou ennemis ? »
    Cette collection de supports pédagogiques, je l'ai créée en 1998. Aujourd'hui à la retraite, j'en suis resté le Directeur-Honoraire. À ce titre, je reçois chaque année les dernières planches documentaires en couleur parues (format A3). Dans ma tête je fais un rapide calcul. Un choc ! 47 planches publiées en 18 ans et la collection continue à vivre. Quelque 360 élèves-ingénieurs producteurs, plusieurs centaines de formateurs expérimentateurs, des milliers d'élèves utilisateurs. Un succès de librairie dites-vous ?
    Répondre à une demande sociale précise

  • Contradictions et malentendus dans la vie de formatrice
    Agnès MIGNOT, Formatrice 1er degré ESPE de Lyon en didactique des langues, Secteur langues du GFEN

    Dans une ESPE (École Supérieure du Professorat et de l'Éducation) le vivier des formateurs pluri-catégoriels, témoigne d'une grande richesse et d'une grande diversité selon les parcours et les convictions de chacun, étayées par des expérimentations, des recherches tant livresques que sur le terrain. Cependant, peut-on parler d'une harmonisation, d'un travail en cohérence
    entre les différents formateurs ? Peut-on parler d'un collectif, au sens d'Yves Clot dans le cadre de l'analyse du travail, ou s'agit-il plutôt d'une collection, d'une juxtaposition d'individus qui ne poursuivent pas de but commun et n'articulent pas leurs actions respectives, tant l'aspect disciplinaire prend le pas sur une philosophie, une éthique commune du travail qui le transcenderait sans pour autant le minorer.

  • Rendre acteurs des enseignants débutants Inventer une stratégie de formation de formateurs
    Pascale BILLEREY

    A partir de mon travail de recherche, je présenterai une stratégie de formation conçue à partir d'une expérience de tutorat avec deux professeurs des écoles stagiaires.
    Il va s'agir de rompre avec des pratiques habituelles de tutorat où l'enseignant expert délivre une somme de conseils à la demande expresse d'enseignants novices en attente de recettes. Dans la diffusion classique de conseils, on peut presque affirmer qu'il y en a 90 % qui se perdent en route. On va mettre en place une stratégie qui permette de rendre au maximum acteurs des enseignants débutants dans la prise de conscience de leurs actes pédagogiques et dans leurs prises de décisions.
    Pour permettre une éthique de l'écoute et de centration sur les savoirs, une progressivité dans leur parcours de formation s'est imposée.

Le cahier du LIEN

  • Édito
    Michel NEUMAYER (GFEN) Étiennette VELLAS (GREN)

    Depuis la naissance du LIEN jusqu'à aujourd'hui, les questions liées à l'actualité la plus brûlante, à l'histoire des peuples, au devenir du monde ont été et sont un défi pour l'Éducation nouvelle. Elles la questionnent tant sur le plan des valeurs que des pratiques.
    Les textes réunis ici rendent compte d'actions que des membres du LIEN mènent aujourd'hui au secours d'enfants et de leurs familles, qu'ils soient d'Afrique, du Moyen-Orient, d'Asie ou d'ailleurs et dont la vie a gravement et durablement été mise en danger par les guerres et les famines, par l'isolement et la précarité qui en résultent.
    Que faisons-nous, que pouvons-nous faire quand l'obligation de quitter maison, école, quartier frappe aux portes, quand d'entreprendre de périlleux déplacements reste la seule solution, quand toute idée d'avenir et de sécurité s'éloigne.

  • Travailler avec les migrants Créer des ondes de choc dans nos démocraties
    Entretien avec Olivier (GREN)

    Nous t'avons rencontré au printemps lors des Rencontres du GREN de Vaumarcus (Suisse) où nous avons abordé la question des frontières. Aujourd'hui je vais te demander d'expliciter tes actions et tes pensées autour de l'accueil des migrant-e-s à Genève, puisque c'est un domaine où tu t'engages depuis plusieurs années.

  • 2015, la rencontre de « l'Autre » au camping Spa d'Or (Belgique)
    Pascale LASSABLIÈRE (GBEN)

    C'était en septembre 2015. La Wallonie faisait face comme les autres régions européennes voisines à «la crise migratoire». La ville de Spa accueillait 400 migrants, des hommes seuls et des familles de Syrie, d'Irak, d'Afghanistan, de Somalie, d'Albanie, de Tchétchénie, de Palestine, d'Iran...

  • « Un projet de formation de médiateurs interculturels à Konz en Allemagne »
    Taghreed SAAD (Syrie) Georg MERTES, Mélanie NOESEN (Groupe Luxembourgeois d'Éducation Nouvelle)

    M.N & G.M : L'accueil des milliers de réfugiés en 2015 a rendu l'Allemagne célèbre pour sa politique d'ouverture des frontières, mais aussi pour l'engagement de milliers de bénévoles à tous niveaux, procurant de l'aide immédiate et développant des projets d'intégration au niveau local. Deux ans après, ces personnes, syriennes pour la plupart, mais également irakiennes, afghanes, etc. se sont installées dans les communes et tentent de refaire leur vie. Quelques unes de ces initiatives persistent, malgré l'abandon de nombreux bénévoles qui avaient le sentiment que leur cause avait été soit récupérée, soit mal estimée par les grandes organisations. Les institutions et structures publiques (État fédéral, Länder, communes) ont en effet plutôt méprisé l'engagement des volontaires et ne sont pas montrés disponibles pour soutenir ces projets et idées (au contraire de ce qui s'est passé, par exemple au Luxembourg avoisinant, où des médiateurs interculturels font depuis des années partie intégrante du personnel de l'Éducation nationale).

Mises en valeurS

  • L'école : un objet politique ?
    Alexis AVRIL, professeur de philosophie

    Éduquer au politique et y réfléchir exige d'en faire « pour de bon ». Quoi de mieux que la situation des apprenants, à savoir leur place à l'école, pour y arriver ?
    La morale hors-sol
    Quand il est question d'éducation morale, il n'est pas rare qu'on prenne pour objet d'étude des situations que les élèves n'ont jamais vécu et ne vivront jamais (espérons-le d'ailleurs !) de près ou de loin. Ainsi ce fameux exemple en philosophie censé illustrer le débat entre Kant et les utilitaristes : « si tu pouvais sacrifier un homme pour en sauver mille autres, le ferais-tu ? » Même si ces situations recouvrent de véritables problèmes éthiques, les décisions à prendre, complètement décontextualisées,  impressionnent sans jamais pouvoir modifier les pratiques et conduisent plutôt les apprenants à prendre des postures de principe (« je sais que je ferais ça si j'étais dans cette situation »). On a alors de beaux objets qui, s'ils peuvent faire penser autrement, ne font jamais agir autrement. Tel est sans doute le défi qui doit occuper l'enseignant dans ce domaine : comment montrer aux apprenants qu'ils sont confrontés à ces problèmes concrètement en contexte scolaire même s'ils n'apparaissent pas comme un dilemme tragique ? Et ensuite comment faire le lien entre ces problèmes pratiques et les positions théoriques auxquelles ils renvoient ? Il s'agit bien ici de faire construire un savoir qui s'appuie sur une pratique vécue et donc susceptible d'engendrer des changements réels chez le petit d'homme.

  • Libertés dans la classe : du sentiment d'égalité au vécu de la réciprocité
    Sylvie LANGE

    Retour sur expérience
    Au cours de ma carrière je me suis trouvée dans des situations qui m'ont fortement remise en question, tant au plan personnel que professionnel.
    La première fois, c'était au début de mon détachement au Lycée français de Pondichéry. Habituée aux lycéens de la banlieue parisienne, je me suis trouvée désarçonnée par l'autorité qui m'était accordée d'emblée, devant des élèves silencieux dans l'attente d'un cours magistral. Nous n'avions décidément ni les mêmes codes, ni la même culture.
    La seconde fois, de retour en France, je découvre des collégiens ne cherchant ni à m'écouter ni à s'entendre, qui ne tiennent pas en place sauf sous la menace de sanctions, et pour qui tout travail semble sans intérêt.
    Dans les deux cas, pour des raisons en apparence opposées, la même question s'est posée : qu'est-ce que faire cours ? Comment et pourquoi transmettre quels savoirs ?

  • « La place de pair est libre, qu'on se le dise »
    Michel NEUMAYER, GFEN Provence

    Des valeurs aux pratiques
    Quand a été fait le choix d'un numéro de Dialogue autour de la question des "valeurS", m'est soudain revenu le souvenir d'un document ancien, une plaquette ronéotypée couverture grise et encre verte et d'un débat que nous avions alors en région sur le lien entre "égalité et "parité". Cette modeste plaquette fait symptôme, me semble-t-il, aujourd'hui encore.
    Notre choix de l'époque (fin des années 80), - mettre l'accent sur la "parité" -, je l'assume aujourd'hui totalement. Il ne signifie en rien que je récuse l'affirmation - fondamentale - de Jean-Jacques Rousseau : «Faites-en vos égaux, afin qu'ils le deviennent". Elle m'est décisive chaque fois qu'à l'occasion de stages, de débats, de rencontres, est récusé l'engagement que nous voulons porter pour un "rapport à l'autre" débarrassé de toute idée de hiérarchie, de niveau, d'échelle, qu'ils soient de valeurs, de capital culturel, de compétences, de langues, de cultures. Cette affirmation de Rousseau met utilement en tension "réalité" et "utopie" : d'un côté, le constat d'une inégalité "de fait" (non, les humains ne sont pas égaux puisqu'ils sont supposés le devenir) ; de l'autre, l'utopie qui est la nôtre, agir dès aujourd'hui - au sein même de l'inégalité réelle - pour que l'égalité de principe advienne et change le monde.
    Plus étrange, un peu magique, est l'injonction "faites-en... vos égaux !" Elle comporte un aspect performatif, mais surtout appelle une stratégie, des moyens d'action, sans lesquels tout cela ne serait que "parole verbale".


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