Penser l'aide au coeur des apprentissages

Samedi 6 avril/ Saint Denis.

Près de 180 personnes sont réunies dans l'amphi de l'IUT de Saint Denis pour travailler la problématique posée : « L'aide, comment faire pour qu'ils s'en passent ? ».  








Issus de professions ou de statuts différents : enseignants, conseillers pédagogiques, formateurs, IEN, éducateurs, étudiants, techniciens de services de ville... tous sont prêts à participer activement à cette journée pour explorer ce qui se joue au cœur de la classe et favorise les apprentissages pour tous les élèves.

La journée s'articule autour de trois interventions d'experts dans des champs conceptuels différents alternant avec des ateliers proposant de vivre des démarches d'auto socio construction ou d'analyser des situations d'apprentissage.


 D. PROULT






Introduites par David PROULT (adjt au maire de Saint Denis), ces rencontres sont ouvertes par Jacques BERNARDIN, président du GFEN. 
J. BERNARDIN
 

        S'appuyant sur les résultats d'enquêtes nationales et internationales sur les résultats des élèves français, il note les écarts importants qui se creusent entre ceux qui réussissent et ceux qui, majoritairement issus des milieux populaires, sont en échec scolaire. Des recherches universitaires montrent que deux grandes tendances opposées de notre système expliquent cette difficulté à faire réussir tous les élèves. La première « l'indifférence à la différence » présuppose que les contenus et situations  d'apprentissages sont compréhensibles de tous, dans une relation d'évidence par rapport au savoir. Face à des consignes chargées d'implicite et dont les enjeux sont flous, l'élève en difficulté se démobilise et reste imbriqué dans la tâche. Les malentendus s'installent d'autant que les enseignants glissent peu à peu vers une différenciation qui s'appuie davantage  sur un allègement des contenus que sur une réflexion collective pour résoudre le problème. A l'inverse, on surestime les différences selon des niveaux et des capacités présupposés, ce qui produit une conception de la différenciation pédagogique basée sur l'individualisation, le guidage renforcé, la décomposition de la tâche. Et si l'on s'interrogeait d'abord sur les savoirs enseignés ?

C'est autour de savoirs « fondamentaux » que la journée s'articule :   Les mathématiques avec Roland CHARNAY, la lecture avec Roland GOIGOUX, la place de l'écrit dans les ateliers de l'après-midi pour se conclure par une réflexion sur les gestes professionnels et postures de l'enseignant et leurs effets sur les apprentissages avec Dominique BUCHETON.

Comprendre les difficultés des élèves en mathématiques  pour les prendre en compte

Roland CHARNAY



Professeur agrégé de mathématiques,
membre de l'IREM, expert des programmes de 2002,actuellement responsable d'un centre de téléformation en mathématiques.


        A partir de situations d'apprentissages en mathématiques, Roland CHARNAY propose de voir comment les élèves s'y prennent pour résoudre un problème pour analyser leurs erreurs. Relèvent-elles plutôt de difficultés liées à la lecture de l'énoncé, d'une utilisation erronée du calcul, d'une erreur de manipulation de l'opération, d'un raisonnement logique inapproprié ou bien proviennent-elles de malentendus de compréhension, de « pièges » dans l'énoncé, ou encore de la méconnaissance de l'enjeu de savoir ?...

Il insiste sur le fait que les élèves ne sont pas habitués à faire des hypothèses, des essais et à fabriquer la réponse comme peut le faire un chercheur, dans une démarche d'investigation.

Puis il propose des pistes possibles :

- utiliser des problèmes ouverts, simples dans les calculs ou dans la compréhension de l'énoncé mais qui proposent des défis et ne se résolvent pas en utilisant la « bonne » opération.

- différencier, non pas par la tâche, qui est la même pour tous, mais par les procédures, le moment le plus opérant étant lors de la confrontation des travaux des élèves.

Lire le texte de l'intervention
Le diaporama associé à l'intervention

7 ateliers le matin pour vivre et analyser des démarches d'apprentissage
1 - Du comptage égyptien... à l'orthographe du futur
2 - Comprendre les décimaux
3 - La chute des corps
4 - Apprendre à catégoriser
5 - Passer du geste aux concepts, Démarche vers l'abstraction
6 - Lire un énoncé mathématique
7 - L'exercice de la citoyenneté dans les collèges 

ateliers du matin



Prévenir et surmonter les difficultés de lecture
Roland GOIGOUX




Enseignant à l'IUFM  d'Auvergne, chercheur à l'université Blaise Pascal de Clermont-Ferrand, au laboratoire ACTE ( Actitivé Connaissance Transmission Education). 


        Roland GOIGOUX affirme qu'avant de s'intéresser à la singularité de chaque individu pour différencier sa pédagogie, il convient de  s'intéresser d'abord à ce qui est commun à tous, en particulier sur la façon dont majoritairement les enfants s'y prennent pour apprendre. C'est sur cette base qu'une réflexion collective pourra avoir lieu.  Auparavant, l'enseignant était spécialiste de l'enseignement, aujourd'hui il lui faut être de plus en plus spécialiste de l'apprentissage.

Il expose sa typologie des  7 familles d'aides :

- exercer : l'école est un lieu d'enseignement et d'étude pour s'exercer, s'entraîner.

- réviser : il est fondamental de systématiser, préparer une évaluation commune

- soutenir : accompagner,étayer la réalisation des tâches

- préparer : faire une différenciation en amont, anticiper, du vocabulaire par exemple, réunir les conditions de compréhension plutôt que de faire et refaire la leçon pour les élèves en difficulté.

- revenir en arrière : reprendre les bases, combler les lacunes

- compenser : enseigner des compétences requises mais non enseignées, du transversal ou du disciplinaire

- faire autrement...

Il affirme qu'opposer didactique et pédagogie est contre-productif : « Il faut tenir les deux et penser des formations qui articulent les deux ».
En lecture les compétences requises sont nombreuses et il faut toutes les enseigner :

- compétences de décodage, automatisation, lecture à haute voix, syntaxe ;
- des compétences lexicales et syntaxiques ;
- des compétences encyclopédiques ;
- des compétences narratives en réception (pour se fabriquer une représentation mentale) et en production (pour faire du rappel de récit).
- des compétences inférentielles liées à la compréhension des états mentaux, des personnages en l'occurrence : ce qu'ils font et ce qu'ils cherchent à faire, quelles sont leurs connaissances, leurs intentions, leurs pensées à pour produire des inférences, assurer la cohérence textuelle. C'est une capacité à raisonner, réguler et contrôler sa compréhension.

Il s'agit « d'aider les élèves à comprendre, à réussir puis à comprendre comment ils ont fait pour réussir puisqu'on les a aidés à réussir, re-décrire des réussites en actes. On facilite la réussite mais surtout la compréhension de la réussite ».


7 ateliers l'après-midi pour vivre et analyser des situations d'apprentissage
8 - Lire et comprendre un énoncé historique
9 - Lecteurs fragiles : situations pour (re)construire des compétences
10 - Du rôle du pluriel des lettres
11 - La concordance des temps
12 - Passer au crible ou décrypter l'écrit
13 - La création au rayons X
14 - L'écriture, mémoire d'un travail intellectuel


La création passée aux rayons X
Lecteurs fragiles
L'écriture, mémoire de travail 

Gestes professionnels et postures de l'enseignant - Gestes d'étude et postures des élèves : Quelles dynamiques ? Quels effets sur les apprentissages ?
Dominique BUCHETON


Professeure à l'université de Montpellier2, directrice du laboratoire LIRDEF (Laboratoire Interdisciplinaire de Recherche en Didactique, Éducation et Formation), didacticienne du Français, a écrit plusieurs ouvrages sur la formation des enseignants.

        D'emblée, Dominique BUCHETON pose le problème : « Il faut penser le renouvellement de la professionnalité enseignante, parler des dilemmes de la profession. Enseigne-t-on la même chose en Education Prioritaire ou est-ce qu'on allège parce que les élèves ne peuvent pas apprendre ? Faut-il assurer la paix sociale ou est-ce qu'on continue d'éduquer malgré tout, par des chemins différents ? On externalise les problèmes ou on les règle dans la classe ? On accepte ou on réduit la diversité culturelle ? On fait le pari de l'éducabilité de tous ou pas ? »

Elle propose trois postulats pour penser l'aide :

- La question du sujet : l'élève est une personne avec des affects, des émotions. Les dimensions cognitives, langagières, relationnelles, culturelles, identitaires sont corrélées aux apprentissages.

- Penser séparément les questions didactiques et pédagogiques est contre-productif : il faut des ajustements spécifiques selon les disciplines.

- Maîtres et élèves : l'influence de la posture de l'un sur les autres.

Elle présente le multi-agenda, modèle de l'activité enseignante construit avec ses équipes issues de champs différents (sociologie, psychologie, didactique...) elle montre que le quotidien de l'enseignant « c'est faire plein de choses à la fois ! ». Un geste professionnel s'inscrit dans l'histoire de la profession, il est adressé à quelqu'un et donc partagé. Pour l'enseignant, sa visée spécifique est de faire apprendre et éduquer. Ce geste utilise différents canaux, il est situé et ajusté au contexte.

On peut observer les gestes professionnels suivants :

- les gestes de tissage qui permettent de donner du sens aux apprentissages et faire des liens entre eux

- les gestes d'étayage pour soutenir et encourager

- les gestes de pilotage pour gérer la conduite de la classe

- les gestes d'atmosphère qui créent un climat de confiance et de travail dans le groupe.

Dans une même séance, l'enseignant peut adopter plusieurs de ces postures. De nombreuses études menées dans les classes montrent qu'à une posture de « contrôle » de l'enseignant, correspond une posture « scolaire » d'apprentissage. « Les postures rétroagissent les unes sur les autres. Il y a des jeux compliqués dont il faut être conscient. »

        Pour illustrer son propos, Dominique BUCHETON présente la vidéo d'un atelier dirigé dont le principe est de « différencier, individualiser dans et par le collectif ». Au cours d'une séquence de 30 min, l'enseignant pilote l'avancée de la tâche mais laisse aux élèves un maximum d'autonomie pour qu'ils observent, organisent et se parlent. Par cette posture du « lâcher prise », l'enseignant découvre des obstacles didactiques au cours de l'activité. On observe alors un double développement : développement au niveau professionnel pour de l'enseignant, développement intellectuel et social chez les élèves.

Le diaporama associé à l'intervention

Clôture et prochain rendez-vous

Jacques BERNARDIN conclut cette journée en reconstruisant des liens  à partir des éléments reçus de chacun des ateliers de l'après-midi sur le thème : Réussite de tous : quels leviers dans les pratiques ?


Et le temps de ranger ses notes, rendez-vous est donné pour l'université/congrès du GFEN qui se tiendra du 10 au 12 juillet à Paris. 


A lire sur le Café Pédagogique :
Jacqueline BONNARD

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