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Rencontre avec Christian LAVAL

Rencontre avec Christian LAVAL

Pascal DIARD



Le vendredi 9 avril 2010, le GFEN ILE de France, le SNES Créteil et ATTAC 93 Sud Montreuil ont invité Christian Laval, chercheur associé à l'Institut de Recherche de la FSU et au laboratoire Sophiapol (Sociologie, philosophie, anthropologie politique), Université de Paris X à Nanterre, pour une conférence-débat sur la réforme managériale de l'école.

Ce débat  a réunit plus de 45 personnes et a duré plus de 2 heures.

Après un bref historique sur la nature même de l'école, Christian Laval avance l'idée que la logique néolibérale à propos de l'école est une logique de métamorphose, de mutation, à savoir imposer partout en Europe une école construite sur le modèle de l'entreprise, modèle à finalité économique et non plus politique et citoyenne. La compétitivité devient alors l'objectif en même temps que l'unique principe de légitimité des politiques publiques, tel que définit par la stratégie de Lisbonne.

Cela a pour conséquence de réorganiser l'école sur le mode entrepreneurial, avec le développement de marchés scolaires, la concurrence entre établissements, l'autonomie de gestion et le management en guise de pilotage des personnels par des chefs d'établissement au statut de patron.

Cette cohérence est valable pour tous les services publics, en vue d'une recomposition de l'Etat (vers un « Corporate State »), avec pour l'école, une mission particulière : former les esprits à la docilité « tayloriste », à l'employabilité. Cela impose un changement dans le métier d'enseignant qui devient alors un producteur de ressources humaines qui doit ainsi la normaliser, la maîtriser, la mesurer sans cesse, abandonnant de fait son rôle de formateur de citoyen. Tous les dispositifs mis en place en ce moment visent à cette transformation du métier d'enseignant.

Mais cela va plus loin : c'est la connaissance et les savoirs eux-mêmes qui sont conçus de manière tout à fait nouvelle, dans une logique strictement utilitariste ; d'où leur nouveau nom de « compétences ». Dans cette perspective, le socle commun de compétences prend tout son sens de « seuil minimal d'employabilité », comme moyen d'asservir l'école aux logiques d'adaptation à l'économie. Plus  rien à voir avec une logique démocratique ! C'est aussi pourquoi les discours réactionnaires sur les classes populaires (« les enfants de pauvres sont de pauvres enfants », ou « ils ne sont pas doués ») reprennent du poil de la bête.

Christian Laval conclut cependant sur les possibles perspectives de remise en cause de ce néolibéralisme à l'œuvre (qui, ne l'oublions pas, reste une construction historique, donc mortelle par nature) : reconstruire une unité « perdue », y compris au niveau européen, en s'appuyant entre autre sur les multiples résistances déjà en acte, comme le mouvement des désobéisseurs dans le primaire, ou la lutte l'année passée de la maternelle à l'université.

Deux dernières idées en conclusion, formulées lors du débat qui a suivi : il s'agit aujourd'hui de repolitiser, selon Christian Laval, aussi bien, nos actes que nos contenus pédagogiques, en s'attaquant au cœur du système capitaliste ; et tenter, ici et maintenant, de construire un bien commun mondial (une éducation renouvelée) et ce dès le local.

Un débat riche qui ne demande qu'à se poursuivre !

(Dernier ouvrage paru, sur la politique européenne en matière d'éducation, en collaboration avec Isabelle Bruno et Pierre Clément : « La grande mutation, néolibéralisme et éducation en Europe » chez Syllepse.)


Ecouter l'enregistrement de son intervention sur le site d' ATTAC93 Sud Montreuil : 
http://www.attac93sud.fr/spip.php?article737


 
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