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Les activités du secteur Crealpha

Renseignements :

GFEN Crealpha
Anita Ahunon Munoz
28 rue Jean Jaures - appt 2
66350 TOULOUGES
04 68 56 96 23 ou crealpha@aol.com


Lire pour être (2)


Anita AHUNON MUNOZ

(1 février 2010)

En 2002, j'écrivis  un premier texte «  lire pour être » pour la revue Dialogue. Avec ce deuxième texte, je ne compte pas  faire un  bilan professionnel. Huit ans plus tard, je veux  m'intéresser concrètement à la situation des personnes analphabètes.

Qu'est-ce qui a changé ? J'ai tout de suite envie de dire «  peu de chose » si ce n'est la loi du 24.07.06 ( en vigueur à partir du 1.1.07) qui impose le CAI (formation civique et linguistique liée à un contrat d'accueil ou un  renouvellement d'une carte de séjour sous la responsabilité de l'OFIL).

Dans chaque région les personnes immigrées doivent obligatoirement se présenter à  un bureau d'évaluation CAI. Si le niveau de la maîtrise de la langue ne correspond pas aux normes fixées, une formation linguistique d'une durée maximale de quatre cents heures est obligatoire  en vue de l'obtention du DILF.

La mesure prise peut paraître très positive. Et pourtant...Rien ne certifie que les personnes bénéficiaires de ces cours sont devenues de véritables citoyens français  (car c'est bien le but). Cette  forme d'apprentissage relève d'une formation à marche forcée. Les organismes qui distribuent ces cours sont souvent surchargés, les niveaux mal  évalués. Ces affirmations sont  le résultat d'une enquête auprès des personnes ayant bénéficié de cet apprentissage.

.Ecrire son nom, son adresse reconnaître et lire les produits en allant faire les courses,  répondre à une convocation n'est pas entrer dans la langue française.

Et puis, restent les personnes installées en France avant 2007 ( certaines ont acquis la nationalité française ) . Pour la plupart d'entre elles, ces personnes  ne savent ni lire ni écrire et souvent ne maîtrisent même pas le français à l'orale. ..

 

Conséquences de l'analphabétisme et de l'illettrisme

Les personnes analphabètes ( tout comme les personnes illettrées) ont un même parcours, une même interrogation : « mais qui suis-je donc ?

Nous nous intéresserons  dans ce texte uniquement à l'alphabétisation  qui concerne les personnes n'ayant jamais été scolarisées. Nous ne pouvons continuer à tourner les pages de notre histoire  sans nous  mobiliser pour mettre un terme à l'analphabétisme. Nous ne résoudrons pas avec des mots, ce mal qui handicape notre société  et qui génère des êtres exclus sans aucun moyen d'actions sur leur propre vie. Résoudre ce problème est un vrai projet de société qui doit relever  du politique et non pas d'une culture de solidarité ; une politique qui a pour objectif de faire de chaque habitant de ce pays un véritable citoyen. La citoyenneté est une question d'éducation et de savoirs.

Je ne m'essaie pas ici à un simple exercice de style, je veux tenter de convaincre nos politiciens, nos citoyens que l'analphabétisme peut dans les années à venir disparaître de notre pays .L'idéale serait qu'il disparaisse de notre planète, mais ce serait pure utopie de penser, de croire que cela est possible. (776 millions de personnes analphabètes dans le monde, des centaines de villes, de villages  où il n'existe pas d'écoles où des écoles qui ne font pas école, comme cette petite école à Mondulhiri village du Cambodge. Une école   sans enseignants, sans éducateurs, aucun intervenant ayant une formation ; une école construite et animée par des habitants de bonne volonté sans pédagogie.

Si j'ai ouvert une  parenthèse sur  la situation de notre planète c'est afin que nous soyons conscients de la chance que nous avons, dans notre pays. Il est possible avec des moyens et des intervenants formés de résoudre l'analphabétisme. Ce problème, ce mal devrais je dire, a des répercutions sur toute la société. L'analphabétisme est facteur de pauvreté, d'inégalité et touche principalement les personnes venues d'ailleurs ( immigrés, exilés). Nous avons un devoir, celui des les aider à entrer dans la lecture et l'écriture de notre langue pour pouvoir enfin cheminer ensemble et ne plus voir ces êtres ni être vus par eux  comme  des ennemis mais comme des compagnons de voyage ; parce que devenus de véritables citoyens exerçants leurs devoirs et leurs droits sans renoncer à rien de ce que qu'ils sont et sans que nous renoncions à ce que nous sommes.

-        Comment forger une image positive de soi ?

-        Comment rencontrer les autres ?

-        Comment résister à l'exclusion ?

-        Comment s'insérer dans la société ?

-        Comment trouver un emploi ?

-        Comment ne pas mettre en danger l'avenir de leurs enfants ?

-        Comment prendre sa place dans l'aventure humaine ?

Ce sont ces questions, auxquelles nous devons répondre, pour mettre en place un véritable projet d'apprentissage de lecture- écriture pour tous. Il faut que les personnes marquées par une longue histoire de misère et d'exclusion trouvent la force de s'engager dans une démarche d'apprentissage. Apprendre à lire et à écrire ne suffit pas pour s'insérer et mettre fin à l'exclusion mais c'est une condition majeure du développement de la personne.

Mon combat est authentique et il doit rassembler car c'est en prenant conscience  réellement de ce que vivent ces êtres que l'on peut avancer ensemble :

« L'être enfermé sur lui-même a une condition de vie non historique qui ne lui permet pas d'assumer la vie, parce qu'il ne l'assume pas, il ne peut se construire »(1)

Nous avons  à nous poser des  questions : quels savoirs sont à construire pour une réelle citoyenneté ? Face à l'impossibilité d'accéder à ces savoirs, on ne peut s'étonner d'un repli identitaire.

Apprentissage de la langue

« Alphabétiser, lutter contre l'illettrisme , c'est donner à chaque être le droit de penser, d'agir sur un plan d'égalité (2).

Les lieux d'apprentissage doivent avant tout être des lieux d'écoute, de communication et de partage, tisser du lien social  grâce à la découverte de la langue (parler, lire, écrire). Un grand danger nous menace : nous vivons  la pluralité sans vivre l'inter-culturalité. Même s'il existe un décalage culturel entre les personnes analphabètes et les  personnes lettrés, il s'agit de s'intéresser à l'autre porteur d'une autre culture, d'une autre histoire , d'une autre langue. Pour se lancer dans %u2018l'apprentissage, il faut se croire « capable ». C'est en ouvrant le chemin du partage et en  valorisant ces êtres sur leurs savoirs que l%u2018'on pourra ouvrir les portes de nouveaux savoirs.

Une grande difficulté n'est pas à ignorer et une question se pose : une personne d'une autre culture a àt-elle vraiment la sensation de savoir lire quand elle est alphabétisée dans une langue autre que sa langue maternelle ?

Les quatre cent heures proposées par l'OFIL ne suffisent à rentrer dans la langue française lorsque l'on n'a jamais été scolarisé.

La langue enseignée ne peut être uniquement dirigée vers l'utilitaire mais vers la construction de la personne.

Bon nombres d'associations proposent des cours de français mais malheureusement les intervenants dans ces structures sont souvent en précarité et sans aucune formation. On n'apprend pas à lire aux adultes comme aux enfants.

Je propose que les régions ouvrent un crédit pour une formation en direction des intervenants des associations et de l'éducation populaire  engagées dans l'apprentissage de la langue française.

Une formation qui relève du cursus FLE serait l'idéale. Mais cet enseignement  peut être réservé aux intervenants relevant du CAI . Ensuite il convient qu'un autre travail soit engagé par les associations sur le vivre ensemble, le partage des cultures, l'imaginaire.

« La poésie, l'écriture la création appartiennent à tous les hommes comme la science, l'art et le pouvoir de l'imaginaire »(3).

 

Je suis prête à répondre à la demande de mettre en place un dispositif de formation.

Je ne veux pas ici détailler le programme  mais donner à voir un dispositif mis en place en direction  du secours populaire qui a donné de réels résultats.

Un premier stage d'une durée de 3 jours sous la forme d'ateliers et de démarches d'auto-socio-construction du savoir (4).

Les interventions du stage de 3 jours

Journée 1

Lire ? c'est quand, comment ?

Analyse des processus de lecture.

Image, visage pour les mots

Travail sur trois outils spécifiques : l'attention, l'observation, la mémorisation.

Journée 2

Recréation de texte

Travail de recherche, de partage et de mémorisation «  je cherche donc j'apprends »

La numération (Odette Bassis)

Quand l'impossible à compter peut être déjoué.

Journée 3

Ecrire, peindre  c'est lire (art plastique et écriture)

Les mots ont un ordre pour faire sens, ils sont des images écrites et véhicules des émotions

La lettre au sosie

Valeurs et projets compétences.

 

Conclusion

Ne pas avoir été à l'école, ou si peu, n'est pas un handicap irréversible. On peut toujours se construire, quelque soit l'âge, quelque soit le milieu social. C'est par la connaissance et la tolérance que nous pouvons vivre en harmonie et  c'est ce  qui permettrait  à chacun et tous de devenir de véritables citoyens.

 

                               

CAI : contrat d'accueil et d'intégration

OFIL :office français de l'immigration et de l'intégration

DILF : diplôme d'initiation à la langue française

1 Paulo Freire (Pédagogie des opprimés)

2 Anita Ahunon (en marche contre l'illettrisme et pour l'alphabétisation )

3 Pierre Colin (poète lauréat du prix nationale poésie jeunesse)

4 auto-socio-construction du savoir (Odette Bassis, Se construire dans le savoir)

 
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