accueil -:- GFEN ACTU (newsletter) -:- GFEN ACTU octobre 2011 -:- Edito ACTU octobre 2011
Edito ACTU octobre 2011

 Jacques BERNARDIN

     septembre 2011

Au front des classes

 

On liquide !

A tous niveaux, la grande braderie continue : 16.000 postes de moins en 2011 (dont 8967 en élémentaire), sans doute pour mieux accueillir les élèves supplémentaires (8300 en primaire, 80000 dans le Secondaire), 14.000 suppressions de plus prévus en 2012 ! Derrière les chiffres, les incidences au quotidien. Recul de la scolarisation en maternelle, surcharge des classes, effritement des possibilités du regard tiers des RASED, formation initiale bradée, formation continue peau de chagrin... Spectacle désolant d'un service public étranglé avec une minutie cynique !

 

Le masque de l'excellence

Car tout va bien, nous affirme-t-on, la 3ème révolution est en marche : celle nous invitant à passer « de l'école pour tous à celle de chacun » (L. Chatel). La rhétorique de l'excellence et de la personnalisation tente de masquer la ségrégation sociale accrue par la mise en scène des plus « méritants » des plus pauvres. Derrière la promotion des internats d'excellence et le témoignage savamment médiatisé des sortants de sciences Po, la circulaire de rentrée avalise l'abandon du collège unique : sortie de la scolarisation avant 16 ans avec la formation par alternance dès la 4è.

 

L'école, matrice du social

Plus de 8 millions de personnes sous le seuil de pauvreté, soit 13,5 % de la population selon l'INSEE ; accroissement des emplois précaires, sous-payés et aux horaires impossibles ; retour de maladies qu'on croyait éradiquées : le retour à des conditions de vie dignes de la fin du XIXè siècle exige une école qui puisse convaincre chacun de la justesse de son sort. Discrimination sociale et catéchisme laïque (avec la leçon de morale, « nouveauté » de la rentrée) : voilà de quoi écraser les velléités de révolte dans l'œuf. Chacun à sa « juste » place, ne s'en prenant qu'à lui-même : un rêve !

 

Les éducateurs, victimes ou agents ?

Encore faut-il convaincre les éducateurs d'y participer. Leur formation initiale, sous la menace d'une évaluation permanente, leur apprend les bases de la soumission hiérarchique. Le caporalisme et les sanctions -  sur fond de statuts professionnels de plus en plus incertains et précaires à finiront bien par les convaincre !... Reste cependant une inconnue : la capacité de résistance à ce qui heurte leurs convictions. Sommes-nous prêts à prôner l'excellence et le mérite individuel, la compétition et la sélection auprès des élèves de nos classes ?

 

Chacun et ensemble : le choix nous appartient...

En classe, l'organisation des apprentissages relève de notre liberté pédagogique. Qu'en fait-on au quotidien ? Que participe-t-on à construire chez nos élèves au-delà même des contenus enseignés ?

 

Si l'éducation est matrice du social, c'est qu'elle construit pour chacun un rapport au monde, aux autres et à soi-même. Eveil de la curiosité, ouverture à d'autres objets culturels, regard nouveau sur les choses bien sûr, mais aussi à si nous en décidons à appel à la créativité et à l'argumentation raisonnée, pratique d'un apprendre ensemble exigeant et solidaire pour mieux saisir l'ordre du monde. C'est de défis vaincus et de compréhension partagée que se fortifie l'estime de soi, dans l'effervescence d'un échange fraternel avec les autres. Au-delà des changements structurels, chaque classe peut être ce laboratoire du social, l'école peut retrouver son ambition émancipatrice.

Tous capables ! Affirmons-nous, d'échapper aux fatalités de toutes sortes...

Inventer, échanger, donner sens à son action, peser sur le réel : demain s'invente dès aujourd'hui pour nous comme pour les élèves. C'est à cette aventure collective que vous invite le GFEN !

 

Parce que l'avenir de l'école reste à écrire

 
© 2010 Groupe Français d'Education Nouvelle
14 avenue Spinoza - 94200 Ivry Sur Seine
tél : 01 46 72 53 17 - fax : 01 46 71 63 38 - courriel : gfen@gfen.asso.fr

Crédits et mentions légales