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A propos d aide

A propos d'aide...

Jacques BERNARDIN

Sur le principe, l'aide est le comportement humain le plus naturel qui soit. Néanmoins, cette idée consensuelle "pour le bien des élèves" n'est pas sans effets paradoxaux. L'aide peut induire, à notre insu, un effet de marquage, de stigmatisation. Pour les élèves, être désignés de façon sélective risque d'être interprété comme un classement du côté des "mauvais", contribuer alors à l'intériorisation d'une image péjorée d'eux-mêmes. Par ailleurs, la relation de proximité, d'assistance renforcée peut augmenter la dépendance intellectuelle à l'égard de l'adulte "expert", ce dont souffrent déjà trop les élèves fragiles, souvent plus en attente de la réponse qu'engagés dans sa recherche.

Au niveau du contenu, le point clé, délicat parce que tout le reste de l'édifice va en dépendre, c'est de savoir comment passer du pointage des difficultés à l'hypothèse sur leur nature. De quoi l'erreur ou les comportements inadaptés sont-ils le symptôme ? S'agit-il :d'une incompréhension ou d'une mauvaise interprétation des consignes, d'une non maîtrise du contenu, d'un malentendu quant à l'activité sollicitée de la part de l'apprenant, du flou sur le but de la tâche à accomplir, d'une stratégie inefficace pour venir à bout de ce qui est demandé, d'une paralysie par peur de se tromper ? Il y a là matière à une réflexion collective... C'est le rôle de la formation.

Au niveau des modalités, plusieurs éléments méritent également une interrogation attentive, car le "bon sens" n'est pas forcément le meilleur conseiller.
- L'individualisation, est-ce un choix si judicieux ? Il me semble qu'il faut découpler les choses : porter attention à chacun ne signifie pas nécessairement individualiser l'enseignement. Pourquoi ? La con-frontation dissymétrique met l'enfant sous le regard "brûlant" du maître, ce qui peut être un facteur de blocage, de paralysie par peur de se tromper ou par crainte de donner une mauvaise image de soi. A contrario, transiter par la médiation du groupe, c'est préserver la diversité et la richesse des interactions entre pairs, sources d'une dynamique d'apprentissage. L'étude récente de Bruno Suchaut, directeur de l'IREDU en atteste : les dispositifs d'accompagnement scolaire les plus efficaces sont ceux qui se font en groupes, autant que possible de profils hétérogènes tant sur le plan scolaire que social. Cela rejoint ce que nous travaillons depuis de nombreuses années dans le GFEN au niveau des apprentissages, dans différentes disciplines et à tous niveaux.
- Le maître de la classe est-il toujours le mieux placé pour aider ses élèves ? Si on veut éviter le risque d'"acharnement pédagogique" (avec plus de la même chose), éviter une relation d'aide trop chargée, trop parasitée par les affects tant pour l'élève que du côté de l'enseignant, si l'on veut renouveler le regard et pouvoir croiser les points de vue, le principe consistant à s'occuper d'autres élèves que ceux de sa classe pourrait fournir une belle occasion d'un vrai travail d'équipe.

Enfin, par nécessité éthique et par souci opératoire, on a tout intérêt à associer les parents à cette dynamique, que ce soit pour rassurer l'enfant sur ses capacités à y arriver ou pour éviter qu'il reste tenaillé entre des demandes contradictoires entre l'école et la maison. Les parents de tous milieux sont demandeurs : comment puis-je aider mon enfant ? Il serait bien dommage de nous priver de cette aide !

 
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