Extraits Dialogue n° 170

Dialogue n° 170 -  Eros et logos. Education et sexualité

Éditorial
  • Éducation et sexualité... un couple légitime Lire
    Patrick RAYMOND
Éduquer à la sexualité
  • Éduquer à la sexualité en 2018 : une pratique émancipatrice !
    Geneviève GUILPAIN, professeure de philosophie, formatrice à l'ESPE de Créteil-UPEC

    Il y a trente ans, l'éducation à la sexualité n'aurait sans doute pas fait partie des thèmes s'imposant pour un numéro de notre revue Dialogue. À la fin des années 1980, période correspondant à mes débuts professionnels de professeure de philosophie, les lycéen-n-es s'enlaçaient dans les couloirs, s'embrassaient librement dans la cour, passaient des fins de semaine agitées chez les uns et les autres, découvraient avec un enthousiasme non dissimulé les Trois essais sur la théorie sexuelle de Freud et faisaient juste semblant de s'offusquer quand on évoquait la perversité polymorphe enfantine ou la pédérastie de Platon et de ses amis. Les collègues de littérature n'avaient plus à s'embarrasser de rétablir les passages censurés des textes que les plus anciens d'entre eux avaient découverts dans les Lagarde et Michard et les collégien-ne-s ne détournaient pas les yeux quand on leur projetait des diapositives de nus grecs ou romains.

  • « Maître, comment on fait les bébés ? »
    Damien SAGE

    Le jour où la question m'a été posée par un élève, je n'étais vraiment pas préparé. C'était ma troisième année d'enseignement. Pour
    la première fois, j'avais une classe à l'année (un double niveau MS/GS). Un élève avait apporté en classe une encyclopédie pour enfants sur le corps humain. N'ayant pas encore pris le temps de lire des documentaires avec eux, j'ai commencé à le leur montrer sans avoir examiné les contenus avant. La première page montrait un dessin représentant un foetus dans le ventre de sa mère. Et
    c'est là que la question est tombée : « Comment on fait les bébés ? »
    Quand une question des élèves vient perturber le maître : que faire ?
    Il fallait que je prenne une décision. Vite. Laquelle ? Me lancer une discussion ou éluder la question ? La tentation d'éluder a été très forte. Pour moi, en tant qu'adulte, répondre venait taquiner la question de la sexualité, et même la question de mon rapport à la sexualité avec tous les malaises, les non dits, les tabous, le plaisir, le désir, bref du rapport complexe que j'entretiens avec cette question. J'ai eu peur. Peur de ne pas réussir à mettre suffisamment à distance mes difficultés par rapport à ces questions et de perturber les élèves avec mes problématiques. Peur aussi de la réaction possible des parents si les élèves venaient à leur rapporter la discussion – et notamment qu'ils se mettent à crier au scandale.

  • « Demande à... » Note d'audition de l'émission « Le téléphone sonne » consacrée à la sexualité des adolescents
    par Jean-Jacques VIDAL

    Ce texte rassemble des notes d'audition de l'émission « le téléphone sonne » du 17 septembre dernier sur France Inter, animée par Fabienne Sintes et consacrée ce soir-là à la sexualité des adolescents. Nous sommes dans le contexte du rappel fait, par la secrétaire d'État chargée de l'égalité entre les femmes et les hommes, du cadre réglementaire des trois séances annuelles d'éducation à la sexualité. Cette éducation est-elle bien faite ?
    La circulaire du ministre de l'Éducation - qui rappelle le respect nécessaire de soi et des autres pour installer les fondamentaux des relations entre les êtres humains - produit-elle une éducation spécifiquement dédiée à ces valeurs ? D'autant que les réactions sur les réseaux sociaux des mouvances qui préconisent le retrait de l'école des enfants qu'on prétend ainsi protéger des intentions «délétères» de l'école publique n'ont pas, depuis le retrait des ABCD de l'Égalité, apaisé le paysage.
    La présence à l'émission de Brigitte Accart, infirmière scolaire Secrétaire générale du Syndicat national des infirmiers éducateurs de santé, et de Samuel Comblez, psychologue de l'enfance et de l'adolescence, directeur des opérations de l'association  e-enfance, donnait des éclairages intéressants, rassemblés, de manière non exhaustive, dans le texte qui suit.

  • Cinéphilosopher pour réfléchir sur la sexualité au lycée : l'étude de Spartacus de Kubrick
    Rémy DAVID, professeur de philosophie au Lycée Philippe Lamour de Nîmes, a enseigné au Collège lycée élitaire pour tous de Grenoble, pratique le cinéphilosopher en seconde, a animé un atelier de Cinéphilosophie en Maison d'arrêt à Nîmes

    La réflexion éducative qui suit s'inscrit dans le cadre d'une expérience professionnelle développée dans le cadre d'un  enseignement de la philosophie classique et expérimental, au lycée et ailleurs, développant une pratique d'analyse d'oeuvres cinématographiques pour introduire au questionnement philosophique. L'enjeu est de rendre accessible la pratique de la réflexion philosophique, en l'articulant à une activité culturelle non scolaire des élèves, regarder des oeuvres de fiction, films ou séries.
    Le film est à la fois abordé comme une oeuvre culturelle et esthétique, étudiée comme telle, et comme un artefact facilitant l'engagement dans l'activité philosophante, montrant qu'il est possible pour tous de philosopher à partir de nos pratiques
    culturelles ordinaires.
    Nous pouvons retenir comme enjeux d'une telle démarche : l'éducation au regard des élèves, pour appréhender les oeuvres filmiques comme matière sensible de pensée et matière à penser pour le spectateur ; la création d'une réflexion commune
    sur l'oeuvre ; repérer, questionner et réfléchir les affects, car c'est un des rares lieux scolaires où se joue une production d'affects puissants : comment en parler ? Comment les réfléchir et permettre aux jeunes de les mettre au travail ? Enfin, le cinéma propose des situations problématiques aisément repérables et reconnaissables par les élèves, qui leur permettent de comprendre en les imageant des problèmes plus théoriques de la philosophie.  Le cinéma en ce sens est une machine à problématiser.

  • Paroles d'infirmières d'établissements scolaires
    Interview par Jean-Jacques VIDAL
    Bernadette MILLET travaille dans un collège urbain de centre-ville, qui compte 470 élèves.
    Sandrine SPADETTO travaille dans un collège urbain d'un quartier prioritaire (605 élèves).

    Pouvez-vous préciser ce que vous êtes amenées à suivre comme demandes et besoins les plus importants dans les domaines de l'éducation à la sexualité ?
    Des demandes de renseignements sur la contraception, suivies d'une orientation vers les centres de planification familiale, des demandes de contraception d'urgence que la loi nous autorise à donner aux élèves mineurs, et de renouveler une ordonnance de contraceptifs. « La pilule du lendemain », sur les secteurs urbains et en collège, c'est rare (environ 1 fois tous les 3-4 ans). Par contre, en secteur rural et en lycée, c'est plus fréquent. Mon expérience dans un lycée de 1 500 élèves a été de la délivrer en moyenne 8 fois par an et en ruralité 2 à 3 fois par an. L'information sur l'accès à la contraception d'urgence aux mineurs est faite lors des séances d'éducation à la sexualité.
    Des questions nous sont également posées par rapport à l'orientation sexuelle. Soit les jeunes demandent à nous parler et abordent directement leur homosexualité. Ils ont souvent besoin d'être rassurés (peur de réaction des parents, peur d'être rejetés par la famille, peur des violences qu'ils pourraient subir en intra familial ou extra familial ou qu'ils ont déjà subies...) Si cela leur génère du mal-être, nous pouvons les orienter vers des structures comme la maison des adolescents ou le planning familial où ils trouveront une écoute supplémentaire et du soutien. Soit ils sont victimes de moqueries, de harcèlement et c'est au cours d'un entretien à l'infirmerie qu'ils vont oser en parler.

  • Paroles pour adolescents ou Le complexe du homard de Françoise Dolto, Catherine Dolto, Colette Percheminier
    Note de lecture par Josette MARTY

    Dans un livre court destiné aux adolescents et adolescentes : Paroles pour adolescents (folio junior 2007), trois auteures dont Françoise Dolto et sa fille s'expliquent sur ce qu'elles nomment : « Le complexe du homard ». En voilà la définition : « Les homards, quand ils changent de carapace, perdent d'abord l'ancienne et restent sans défense. Le temps d'en fabriquer une nouvelle. Pendant ce temps-là, ils sont très en danger. Pour les adolescents, c'est un peu la même chose. Et fabriquer une nouvelle carapace coûte tant de larmes et de sueurs que c'est un peu comme si on la « suintait ». Dans les parages d'un homard sans protection, il y a presque toujours un congre qui guette, prêt à le dévorer. L'adolescence, c'est le drame du homard ! Notre congre à nous, c'est tout ce qui nous menace, à l'intérieur de soi et à l'extérieur, et à quoi bien souvent on ne pense pas ».

  • Un savoir bien singulier : la sexualité de l'humain
    Gilbert JEANVION, Psychologue – Membre de l'AGSAS

    L'idée que la sexualité fait partie dès la naissance de la vie de l'enfant a fait lentement son chemin, notamment depuis que Freud a écrit ses « Trois essais sur la théorie sexuelle ». Il y montre combien cette question était jugée sans fondement, la sexualité étant supposée n'apparaître qu'avec les premières manifestations pubertaires. D'où les regards étonnés ou scandalisés entraînant la répression devant des manifestations banales chez des petits. Freud alors contestait cette représentation d'une enfance « innocente », non concernée par les élans de la chair, pour lui opposer l'idée d'un enfant « pervers polymorphe » - parce qu'habité au contraire dès son plus jeune âge par des pulsions sexuelles n'ayant pas encore été soumises aux exigences sociales.
    Sa conception introduisait donc le principe d'une nécessaire éducation sexuelle apportée par des adultes conscients des enjeux, visant à favoriser le meilleur épanouissement de l'enfant tout en veillant à son inscription dans la culture, et à éviter névroses et perversions générées par la méconnaissance, le silence, ou la répression. Mais les résistances furent nombreuses et tenaces, malgré les travaux de psychanalystes continuateurs (M Klein, F. Dolto, D. Winnicott...).
    Un siècle après la thèse de Freud, comment comprendre que l'inscription dans l'éducation ne soit pas encore un fait universel malgré sa reconnaissance par l'UNESCO, et que ses acteurs dans nos pays occidentaux même soient encore si hésitants ?

Jouissance d'apprendre
  • Sexualité au collège : je t'aime, moi non plus ?
    Valérie SULTAN

    Le collège, maillon faible de l'éducation à la sexualité ?
    Les avis semblent assez unanimes pour accuser l'école publique de tous les maux en matière d'éducation à la sexualité. Il y a d'un côté ceux qui lui reprochent de ne jamais rien faire (!) de l'autre il y a ceux qui lui reprochent de ne parler que de sexe, lorsqu'elle n'oblige pas les garçons à se « masturber » ou à « porter des jupes », (?) sans parler du délire qui s'est produit autour des ABCD de l'égalité. Bref, les fantasmes vont bon train et ce contexte ne facilite pas la tâche des personnels, qui réfléchissent et qui agissent pourtant sur le terrain. Cela montre à quel point cette question déchaîne les passions, mais aussi à quel point il est difficile de trouver les mots justes et la bonne distance pour aborder le sujet avec des élèves confrontés par ailleurs à des lieux informels « d'apprentissage » de la sexualité, parfois dans les pires conditions lorsqu'il s'agit par exemple de sites pornographiques.
    De nombreux collégiens sont traversés par la question de la sexualité, parfois de manière lancinante, de sorte que le théorème de Thalès ou l'apprentissage des verbes irréguliers ont bien du mal à rivaliser avec ce que nos élèves considèrent bien davantage comme « la vraie vie », au grand désespoir des enseignant.e.s qui préfèreraient tellement faire « normalement » leur travail : anglais, maths, etc.

  • Parlez-moi d'amour...
    Maria-Alice MÉDIONI, Université Lyon 2 Secteur Langues du GFEN

    Années 1990, cours d'espagnol. J'ai proposé à mes élèves de 1ère un enregistrement : Francisco, en prison, est interviewé après avoir gagné un prix de poésie dont Isamar, détenue du côté femmes, est l'inspiratrice. Ils se sont aperçu à travers les grilles lors des promenades puis à la chapelle et sont tombés amoureux. Travail classique de compréhension auditive avec questions préalables, suivi d'un moment de réflexion à propos de toutes les questions et conclusions que cette histoire leur suggère. J'avais également prévu de leur proposer un moment d'écriture : une lettre d'Isamar à sa famille dans laquelle elle explique ce qui lui est arrivé et ce qu'elle ressent... Et puis surgit l'imprévu... Parmi les questions et les conclusions exprimées où domine l'aspect improbable voire impossible de la situation, celle-ci : à l'école, quand on parle d'amour, ce n'est jamais de celui qui existe « dans la réalité »...
    Quand un événement comme celui-ci se produit, il s'agit, pour l'enseignant, de ne pas le louper ! Le premier mouvement, c'est de répondre : argumenter pour démontrer que dans la littérature, le cinéma, les oeuvres étudiées en classe, on trouve des exemples très variés, etc. etc., ou mieux, de questionner les apprenants sur ce qu'est pour eux « l'amour dans la réalité ». Faux mouvement ou mouvement faux qui fait l'impasse sur une préoccupation sérieuse de la part de ces jeunes pour laquelle les exemples rappelés ne sont pas plus pertinents qu'au moment où ils ont été rencontrés, et l'interrogation risquerait d'aboutir à un simple inventaire où la pudeur et/ou la provocation ne permettraient pas d'y voir plus clair. En revanche, l'enseignant a tout intérêt à voir là une occasion à saisir, un cadeau, pour aller plus loin... et à se mettre au travail.

  • L'enfant et la peur d'apprendre de Serge BOIMARE
    Note de lecture par Jean-Jacques VIDAL

    « Je ne sais pas comment je vais faire face à cet élève, c'est désolant... Il faut qu'il apprenne, qu'il reconstitue les représentations nécessaires à une disponibilité aux apprentissages.. »
    Ce positionnement, quand on travaille avec des enfants en échec scolaire, est bien celui d'un enseignant, particulièrement expérimenté par une pratique de rééducateur. Par exemple, conduit à exclure momentanément un élève qui bafoue les règles de comportement en classe, il est un adulte concerné par les blocages de cet enfant, dont la situation n'est ainsi pas mise à l'écart des préoccupations de son enseignant ; et cet élève doit le savoir, donc avoir les éléments pour le ressentir... ce qui lui laissera la possibilité de se saisir de liens conservés, même s'ils sont détériorés, pour « résister aux fantasmes parasites et aux craintes que la réflexion [...] déclenchait ».

  • Quel beau métier, professeur !
    Jean-Louis CORDONNIER

    Sapoge, je crois que c'est pas un vrai prof. Pas un vrai prof de sciences, en tout cas. D'abord, il met pas de blouse blanche. C'est peut-être mieux comme ça. Parce que nous, les L, la science, on aime pas trop ça. Sauf Philaminte, mais elle c'est pathologique ! J'ai regardé le livre de bio. Comment peut-on s'intéresser à des mots comme FSH, follicules, trompes de Fallope ? ! Ya même un paragraphe : « Chez la femme, l'activité sexuelle ne semble pas dépendre de la sécrétion des hormones sexuelles même si elle peut y être sensible ». Je l'attendais, le Sapoge, sans sa blouse. Comment kil allait nous parler de la zézette ? J'imaginais qu'il allait être un peu coincé comme Madame Grançon en quatrième ! Eh bien je n'ai pas été déçue : il nous a demandé comment s'appelait la chose... Philaminte qui la ramène comme toujours (on dirait Aignan en fille) a bien sûr dit «pénis ». Alors Sapoje lui a demandé ce que voulait dire pénis en latin. Cette bille a sorti son Gaffiot (mais pourquoi elle transporte ça ?) et elle a lu : [...]

  • Sexualité : dissonances à l'oeuvre. Un atelier dans les parages du peintre Francis Bacon
    Michel NEUMAYER

    Je voudrais renouer ici pour les lecteurs de Dialogue avec une réflexion qui, dans le cadre de ce numéro, semblera incongrue si on en reste au premier niveau : à quoi servent les arts plastiques ? Pour cela, je veux la croiser avec la thématique de ce numéro : la sexualité.
    Si on veut bien admettre que les activités dites "de création" (à l'École comme dans la formation d'adultes) sont une manière de penser autrement et peut-être de construire d'autres savoirs, l'apport des sculpteurs, des plasticiens, qu'ils soient anciens ou contemporains, les oeuvres qu'ils produisent, sont d'une grande richesse pour qui veut penser et pas seulement jouir de ce qui serait "beau" ou s'offusquer de ce qui serait "moche".
    J'en reste là sur ce premier niveau de la question du plaisir et de la jouissance en arts plastiques, qui me semble bien fruste. Dans le cadre de ce texte pour Dialogue, je ferai référence au travail d'un seul peintre, l'Anglais Francis Bacon (1909 — 1992). Je l'évoquerai à travers un atelier (mené avec des adultes) mais qui me semble pouvoir convenir à des publics plus jeunes aussi. De nombreux autres créateurs permettraient tout autant cette plongée, tant la figuration du corps humain traverse en réalité la peinture et la sculpture dès la Préhistoire et aujourd'hui encore, donnant à voir tout autant qu'à concevoir et peut-être à désirer.

Questions de genre
  • Le genre en maternelle : pourquoi se poser la question ? comment l'aborder ?
    Damien SAGE

    Le genre : une question politique déjà présente en maternelle
    Est-il besoin d'aborder la question du genre en maternelle ? Un lieu commun d'origine non contrôlé pourrait laisser à penser que, non, cette question n'est pas utile en maternelle – voire qu'elle doit être évacuée car les élèves seraient « trop petits » pour avoir déjà été confrontés à la question et qu'il n'est pas besoin de créer un problème là où il n'en existe pas encore. Sauf que la question du genre se pose déjà en maternelle ! Ce qui est pour les filles et ce qui est pour les garçons est une préoccupation des élèves, et une préoccupation qui peut donner lieu à des réactions vives, d'un côté comme de l'autre.
    Par ailleurs, en disant : « ils sont trop petits pour cette question », cela renvoie la question de la construction des stéréotypes de genre à « plus tard ». Plus tard ? Mais quand ? À 6 ans ? 7 ans ? 10 ans ? 12 ans ? 18 ans ?
    La question du genre ne peut être considérée indépendamment de ses enjeux. Et ses enjeux sont éminemment politiques car derrière cette question se pose celle de l'égalité politique entre les hommes et les femmes. À la maternelle, les élèves sont déjà en train de se construire des représentations sociales, représentations qui se construisent au contact de contextes variables et variés, à l'école et hors l'école.

  • Aborder la question de genre dans une classe de CE1 en Rep + au fil de la vie de la classe
    Jany VIDAL

    C'est la rentrée, en REP +, je vais avoir 13 élèves de CE1 dans ma salle de classe qui permettait d'en accueillir une vingtaine. Six filles et sept garçons. C'est l'occasion d'en repenser l'organisation spatiale, question que je choisis d'aborder avec mes élèves. Pour cela, je garde le mobilier actuel que je dispose assez « classiquement » : trois rangées de tables et un coin regroupement.
    Le jour de la rentrée, après un accueil au coin regroupement, je laisse les 13 élèves déambuler autour des 20 tables à leur disposition avec pour consigne « Vous pouvez marcher dans la classe, vous arrêter de temps en temps, chercher un endroit où  vous vous sentez bien, où vous avez envie de vous installer ». Les rangées de tables se remplissent de cette manière : la  première (proche du tableau) est occupée majoritairement par des filles, un garçon s'installe seul dans la rangée du milieu et la rangée du fond sera complète : 5 garçons et 2 filles.
    Après quelques jours arrivent les premières demandes de changement de place pour être à côté d'un copain, plus près du tableau. Cette fois-ci, il n'y a plus de filles dans la rangée du fond, aucun garçon au premier rang.

  • L'écriture est-elle sexiste ? Nous n'enseignerons plus que le masculin l'emporte sur le féminin
    Manifeste

    L'introduction des problématiques de genre dans la réflexion sur la langue, l'orthographe et la grammaire, n'est pas chose nouvelle. Elle a pris cependant une dimension spectaculaire il y a un an à l'occasion de débats, souvent vifs, à propos de l'écriture dite inclusive. Celle-ci étant une proposition pour (r) établir l'égalité homme / femme dans les textes. Il n'est pas un pan de la société, jusqu'au gouvernement - pour en interdire l'usage dans les documents de l'administration-, qui ne soit intervenu sur cette question. Il a même été parlé d'hérésie, de décadence de notre civilisation...
    Ce débat a été l'occasion d'une réflexion plus générale sur les règles jugées sexistes de notre grammaire. Dans ce contexte, 314 membres du corps professoral se sont engagés, dans un manifeste, à ne plus enseigner la règle de grammaire résumée par la formule « le masculin l'emporte sur le féminin ». Nous reproduisons ce document ici.
    Il est suivi d'un article d'Eveline Charmeux qui, au contraire, affirme que ce n'est pas sur le terrain de la grammaire qu'il faut défendre les droits de la femme.
    Il ne s'agit pas, pour notre revue, de prendre une position officielle sur cette question. Simplement, nous apportons aux lecteurs des éléments de ce débat qui a toute sa place dans un numéro consacré à la thématique, « Éducation et sexualité ».

  • L'écriture est-elle sexiste ? Elle inclut quoi, l'écriture inclusive ?
    Eveline CHARMEUX, professeur honoraire à l'IUFM ex-enseignant - chercheur en pédagogie du français

    Décidément, cette pauvre orthographe n'arrête pas d'en voir de toutes les couleurs ! Accablée de reproches sur sa complexité et ses prétendues incohérences, la voilà maintenant accusée de sexisme !
    On nous invite au nom des valeurs de la République Française, à rectifier cette injustice, en faisant entrer le féminin dans les noms masculins... Curieuse proposition, peu conforme, semble-t-il, aux liens qui unissent habituellement les deux sexes ! Naturellement, le Landerneau académicien s'agite, s'affole et les Immortels de crier à l'assassinat de la langue française... Un assassinat, certainement pas, mais pour les auteurs de cette ahurissante revendication, une jolie bouffée de ridicule. Mais il faut aller plus loin pour voir d'un peu plus près en quoi consiste cette revendication étrange.

  • Point de côté d'Anne PERCIN
    Note de lecture par Valérie SULTAN

    Un petit roman de jeunesse subtil, très bien écrit, accessible aux élèves de collège et qui aborde la question de l'homosexualité avec beaucoup d'intelligence et de sensibilité.
    Le personnage de l'histoire s'appelle Pierre et le moins qu'on puisse dire, c'est que son année de terminale ne commence pas bien du tout ! Pris en étau entre une vie ennuyeuse, la mémoire lancinante d'un frère jumeau décédé, une mère dépressive, Pierre doit également lutter contre l'obésité et le harcèlement scolaire.
Le cahier du LIEN
  • Édito
    Diana DRAGHICI (GROEN)

    Les Rencontres du LIEN 2018 ont été une bonne occasion de mettre en synergie des pratiques et conceptions sociales et éducatives différentes et je suis heureuse d'y avoir participé et que le Groen en ait été un acteur actif !

  • Va multumesc România
    Étiennette VELLAS (GREN)

    Lors de la réunion fondatrice de la L.I.E.N. (1922), les Congrès sont vantés «comme opportunités de permettre aux éducateurs de rencontrer des collègues d'autres pays s'intéressant aux mêmes problèmes, que chacun résout de la façon qui convient à son pays, par des activités orientées vers le même idéal. La compréhension et l'estime réciproques que créent ces rencontres étant une des voies qui hâtera l'avènement de cet esprit international contre lequel le monde se bute aujourd'hui.» (Revue «Pour l'ère Nouvelle» N°1)

  • Faire de l'éducation un art social
    Diana DRAGHICI (GROEN)

    Une transformation durable de la société est bien plus le résultat de modifications des interactions entre individus que d'imposition d'un modèle. Ainsi une éducation fondamentale devrait être une affaire sociale. Parmi ce que le Groupe roumain d'éducation nouvelle veut mettre en avant dans l'éducation, et qui font de celle ci un "art social", il y a la dignité de la vie sous toutes ses formes ; l'éducation de la faculté d'aimer qui est le contraire de l'envie de posséder ; l'imaginaire et la pensée complexe pour une éducation ouverte.

  • Retour en Haïti
    Lorson Ovilmar (IEPEN)

    Je ne saurais oublier les moments de retrouvailles que nous avons eus ensemble en Roumanie après 3 ans de séparation géographique. La période de formation, de partage, de plaisir avec les amis de partout nous a réjoui beaucoup. Si nous avons pu bénéficier de tout cela c'est grâce à la volonté du GREN et du LIEN. Pour tout cela nous vous remercions.

  • La métaphore du fleuve. Créer un rituel de retrouvailles pour penser ensemble
    Pascale Lassablière-Hilhorst (GBEN)

    Éducation Écologie, une rencontre choc ! Telle était la question à creuser pour ces Rencontres du LIEN 2018, comment l'explorer ensemble lors de nos retrouvailles internationales ?
    La préparation des Rencontres en Roumanie nous a amenés à nous connecter à nos origines : d'où venons-nous ? Quelles sont nos filiations ? Pour imaginer collectivement notre futur : vers où voulons-nous aller ensemble ?

  • Du neuf au bord du Danube
    Charles PEPINSTER (GBEN)

    Place à l'improvisation, à l'imprévu donc. Lors des sixièmes Rencontres du LIEN en Roumanie cet été, s'est ouverte une Auberge Espagnole Pédagogique.

  • La rencontre des territoires partagés et leur analyse
    Pascale BELLEFLAMME (GBEN), Claire DESCLOUX (GREN)

    À E?lni?, nous avions décidé de travailler sous la forme d'une "auberge pédagogique" où les maîtres mots étaient autogestion, auto-organisation, liberté. Bien que peu habitués, lors des Rencontre du LIEN à ce genre d'organisation, nous nous en sommes emparés, parfois quelque peu dubitatifs, mais avec l'intention d'en tirer le meilleur. Dans ce cadre, nous avons trouvé un avantage : avoir le temps d'une vraie et longue analyse réflexive sur la démarche du GFEN Provence que nous avons animée (Territoires partagés, paru dans O.M. Neumayer, 15 ateliers pour une culture de paix, Chronique sociale, 2010).

  • Pano, poulies et cordes : savoirs et éthiques au coeur de nos engagements
    Catherine LEDRAPIER (GFEN)

    La première chose à souligner est le formidable accueil roumain, chaleureux et généreux. Puis la découverte d'un très beau pays, la magnifique ville universitaire à Timi?oara, enfin la splendeur du Danube à E?lni?. Y ont eu lieu de très nombreuses démarches et ateliers, pour la plupart des activités d'Éducation nouvelle peu connues, voire carrément nouvelles !

  • Écologie, qui sont les experts ?
    Michel NEUMAYER (GFEN)

    C'était le thème des Rencontres du LIEN 2018. L'avons-nous suffisamment travaillé en Éducation nouvelle ? Au retour de Roumanie, la problématique continue de nous habiter.

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