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Edito ACTU décembre 2011
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A l'école du rendement ?


Christine JEANSOUS

     décembre 2011


La vie n'est pas un long fleuve tranquille. Parfois il est des tempêtes ravageuses, même sur les fleuves dont les rives et le cours ne sera plus jamais comme avant. Un vieux monde bascule, en soi rien de dramatique... à condition que s'exerce notre pouvoir d'agir sur le monde qui est en train d'advenir.
Or les analyses sur les nouvelles formes de gouvernance mettent en lumière le pilotage des opinions et de la conduite des individus, montrent comment, par la mise en place d'un cadre contraignant (budgétaire, évaluation continue des performances...) chacun est amené à s'auto-prescrire les comportements et formes de travail attendus, à épouser des normes auxquelles ils n'adhèrent pas.
Mais si l'humain était programmable, alors de sujet pensant, ne deviendrait-il pas objet ? Un objet orienté dans sa vie plus qu'il ne l'oriente lui-même et oriente son action sur le monde qui l'entoure.
L'humain déborde les cases, déborde les grilles d'un tableau.

Dans le domaine de l'école, pour les élèves comme pour l'enseignant, l'évaluation pilote de plus en plus l'action. La tentative de formatage des pratiques enseignantes et des savoirs scolaires, la négation des enseignants (et des élèves) en tant qu'êtres pensant, des professionnels compétents et investis dans leur métier, ligotent l'aventure pédagogique et le désir d'enseigner.
Le nouveau projet d'évaluation des enseignants pourrait facilement dans ce contexte développer le seul mérite de la soumission, renforcer le conformisme là où on a besoin de créativité, museler les échanges sur les pratiques dans les établissements, là où on a besoin de dispute professionnelle.
L'agressivité du gouvernement face à l'école et aux enseignants a jeté le trouble sur les finalités et le sens de l'enseignement. Si le projet éducatif n'est pas toujours affirmé dans les discours, les mesures gouvernementales, elles, s'inscrivent dans des logiques de sélection et d'exclusion sur des critères socioculturels à même de renforcer les inégalités, et définissent clairement un projet éducatif néolibéral qui ne fait pas consensus, largement condamné.
En éducation, la mise en concurrence n'est pas opérante pour réduire les inégalités scolaires et sociales, en éducation comme ailleurs, elle ne peut que les renforcer.
Quelle sorte d'humain construisent les apprentissages systématiques quand ils se font au détriment des temps de la réflexion et de la confrontation ? Quand ils se font au détriment des temps de la compréhension ?

On a besoin de collectifs de travail où peuvent se confronter l'intelligence de chacun et de tous pour relever le défi d'une véritable démocratisation de l'école. L'organisation des apprentissages relève de notre liberté pédagogique, tout comme la décision de ne pas rester seul.
C'est pourquoi nous ne lâchons pas et invitons à rejoindre les mouvements d'éducation nouvelle et le GFEN dans ses rendez-vous de travail, dans ses actions nationales et régionales, pour mutualiser nos expériences, confronter nos analyses, inventer, élaborer toujours plus ensemble.
Oui, nous sommes à même de diriger et penser notre action pour une réussite de tous dans un apprendre exigeant et solidaire, un apprendre qui donne des clés culturelles, des clés intellectuelles et engage le sujet dans le plaisir de comprendre l'ordre du monde pour pouvoir y agir.

 
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