Rien n'est jamais joué d'avance !
Christine Jeansous
C'est quoi une vie d'homme ?
C'est le combat de l'ombre et de la lumière...
C'est une lutte entre l'espoir et le désespoir, entre
la lucidité et la ferveur...
je suis de côté de l'espérance, mais d'une espérance
conquise, lucide, hors de toute naïveté
Aimé Césaire
La multitude des réformes, tous azimuts, mais surtout leur précipitation a sans doute marqué ces deux dernières années.
Dans le premier degré de l'enseignement, l'heure est à leur « installation », et ce malgré les désaccords d'une grande partie des professionnels, parents d'élèves, chercheurs, des syndicats et des associations d'éducation populaire et d'éducation nouvelle.
Et le gouvernement persiste et signe, ouvrant et poursuivant les chantiers de refonte du système éducatif : réforme en cours des programmes de collège, réforme des lycées, autonomie des établissements... La réforme de la formation des maîtres revient sans tenir compte de la réalité du métier, sans véritable formation professionnelle. Les compétences requises par le métier y sont niées ; la pédagogie évacuée.
Pédagogie niée dans les évaluations de CM2 quand elles portent sur des points du programme non étudiés en classe, quand loin d'être au service des apprentissages, elles deviennent un outil de classement et de performance entre élèves, entre classes, entre écoles...
Des voix s'élèvent, des mouvements s'organisent.
Au quotidien de la profession, c'est la suractivité imposée par les prescriptions et en parallèle le temps pour penser qui se rétrécit au moment même où se ressent l'impérieuse nécessité de cette expérience vitale sans laquelle l'humain se rapetisse.
Nombre d'heures réalisées, nombre et listes des enfants inscrits en aide personnelle individualisées, nombre de parents d'élèves reçus... nombre de PPRE, nombre de... Surenchère d'injonctions dont la signification échappe mais dont la logique de contrôle agace et fait violence, renvoie à un déni de responsabilité à même de faire naître amertume, désengagement, crainte de l'autre.
Quand parle-t-on de l'inventivité de chacun, des réels problèmes rencontrés, des réussites, des pistes de solutions envisagées, des expérimentations des uns et des autres, sur sa classe, sur son établissement, pépites d'avenir et mines de changements pour l'école ? Des pratiques hardies sont osées sur le terrain, des projets aux exigences culturelles ambitieuses menés, pour une école démocratique qui défie le fatalisme de l'échec ... Pourquoi n'en appelle-t-on à l'intelligence collective ?
Quand l'exigence de rendre des comptes ne devient que formelle, ce sont les compétences des enseignants qui sont niées, les finalités de l'école et le sens du travail qui sont remis en cause.
Le déni de pédagogie, le déni des compétences, le déni de ses facultés humaines à créer, à inventer des solutions nouvelles, ne font que renforcer la dureté du métier, créant parfois un climat de morosité propice aux renoncements, piège d'un abri où la vie peut vite s'éteindre.
Ne nous laissons pas piéger par la tyrannie du court terme et du résultat, imaginaire politique desséchant où l'autre devient vite l'ennemi à exclure ou à abattre ; c'est un engagement sans horizon.
Nous avons besoin d'impossible à faire, à dire, à réaliser ensemble. Nous avons besoin de solidarités et de pratiques éducatives créant les solidarités. Nous avons plus que jamais besoin d'espace de création, de rencontres avec les autres, de débats et pensée collective pour ouvrir des perspectives nouvelles. Nous avons besoin de l'agir et du penser collectif pour relever les défis qui nous animent.
N'oublions pas que l'avenir s'invente au quotidien, sans attendre de quiconque des raisons d'espérer.
Après de belles réussites en 2009, les activités du GFEN foisonnent. Plusieurs stages en février, des interventions, formations, soirées publiques, ateliers de création dans les régions tout au long de l'année. Cent personnes aux Rencontres sur la maternelle organisées à l'initiative du GFEN Provence avec la ville d'Aubagne. Cent cinquante aux deuxièmes Rencontres pour l'école maternelle qui viennent juste de s'achever à Paris. Succès quantitatif autant que qualitatif qui montre les attentes à l'égard de notre mouvement, confirment l'impact de nos analyses autant que de nos pratiques. L'occasion de se réjouir autant que de réfléchir encore et toujours, et inventer ensemble.
Et pour continuer avec toutes celles et ceux qui n'acceptent pas le cours des choses plusieurs rendez-vous d'ici notre congrès de juillet : 3èmes Rencontres nationales sur l'Accompagnement les 27 et 28 mars ; Journées d'étude de l'Institut Henri Wallon les 8 et 9 mai prochains... et au-delà du congrès, les universités des secteurs, les stages de rentrée, les journées sur l'éducation à Lyon cet automne ...
Décidément, rien n'est jamais joué d'avance.
Une pensée toute particulière à nos amis Haïtiens.