Edito n° 132

Culture. Combats pour l'émancipation (2) retour au sommaire du Dialogue n° 132

Travailler l'image, changer le monde

Collectif Dialogue


Nous poursuivons avec ce numéro l'exploration de la culture comme lieu et outil d'émancipation.
Trois axes structuraient la précédente livraison :
- l'école, lieu culturel
- des pratiques culturelles
- le multiculturel, l'Autre
On les retrouvera ici.

Comme annoncé dans le numéro 131, on pourra lire des pratiques autour des arts visuels, du cinéma, de l'image. Le nombre d'auteurs qui ont envoyé des articles à la revue concernant des pratiques culturelles autour de classe/cinéma, de fabrique d'images, de vidéo en formation adultes, du couplage littérature/autoportrait (photos)... nous avait d'abord fait envisager un numéro exploratoire par rapport à ce médium (l'image), si présent dans notre environnement et si subjuguant. Le choix éditorial fut finalement autre mais nous publions un ensemble d'articles présentant des pratiques qui déconstruisent pour mieux construire et rendre chacun avisé et créateur. On lira ainsi les contributions de :
- M.P. Dubernet sur la création d'images à partir d'un récit
- B. Joseph sur l'approche de l'autoportrait photographique au lycée
- P. Raymond sur une façon de permettre à des élèves de 6ème d'accéder au patrimoine cinématographique
- M. Rosenberg sur l'utilisation de l'image cinématographique en alphabétisation
- Le groupe de l'Yonne sur un projet autour du dispositif « école et cinéma ».
On trouvera également dans ce numéro, les apports et analyses de O. Bassis, H. Cohen Solal, J. Cueille, C. et D. Doray, C. Passerieux, du collectif Île de France.
On y lira enfin le 2ème (et dernier) épisode du « feuilleton pédagogique » initié dans la précédente parution : « Je n'ai pas lu la lettre de Guy Mocquet à mes élèves... J'ai fait mieux ».
Face aux pressions fortes exercées pour que s'uniformise le regard porté sur les pratiques et productions culturelles de l'autre, il est plus nécessaire que jamais de garder l'oeil et le regard persan ! (voir l'éditorial du n° 131 par Josette Marty)

« Ce qui nous semblait injuste, c'est qu'on ne soit rien d'autre que des matricules. J'ai hérité du matricule 3513 que j'allais garder plus de treize ans dans un des plus grands groupes français du
textile (...). Etre reconnus pour ce que nous étions était fondamental, avoir son mot à dire, faire de façon que l'on vous écoute. Toutes les grèves à la Rhodia visaient à améliorer la place de l'individu dans une usine qui nous déshumanisait complètement. Ce que nous exigions, c'était la dignité. Même si toute l'histoire du monde ouvrier est une suite de lutte pour la dignité, notre différence était de ne pas limiter celle-ci aux seules conditions de travail, mais de l'étendre au contraire à l'ensemble de la vie quotidienne, à notre place dans la société, à la possibilité de s'exprimer. Il s'agissait d'une dignité globale, donc aussi d'un combat culturel. Si tu n'as pas de connaissances, tu n'existes pas. »
Henri Traforetti ouvrier à la Rhodia, du groupe Medvedkine de Besançon, à propos des grèves des années 68.


« La caste possédante (...) ne tâche pas du tout (...), quand elle ouvre au peuple ses châteaux, ses musées et ses bibliothèques, qu'il y prenne l'idée de s'adonner à son tour à la création. Ce n'est pas des écrivains ni des artistes que la classe possédante, à la faveur de sa propagande culturelle, entend susciter, c'est des lecteurs et des admirateurs. La propagande culturelle s'applique, bien au contraire, à faire ressentir aux administrés l'abîme qui les sépare de ces prestigieux trésors dont la classe dirigeante détient les clefs, et l'inanité de toute visée à faire oeuvre créative valable en dehors des chemins par elle balisés (...). »
Jean Dubuffet. Asphyxiante culture. Minuit. 1968


(...) derrière le prosaïque du « pouvoir d'achat » ou du « panier de la ménagère », se profile l'essentiel qui nous manque et qui donne du sens à l'existence, à savoir : le poétique. Toute vie humaine un peu équilibrée s'articule entre, d'un côté, les nécessités immédiates du boire-survivre-manger (en clair : le prosaïque) ; et, de l'autre, l'aspiration à un épanouissement de soi, là où la nourriture est de dignité, d'honneur, de musique, de chants, de sports, de danses, de lectures, de philosophie, de spiritualité, d'amour, de temps libre affecté à l'accomplissement du grand désir intime (en clair : le poétique).
Manifeste pour les "produits" de haute nécessité.
E. Breleur, P. Chamoiseau, S. Domi, G. Delver, E. Glissant, G. Pigeard de Gurbert, O. Portecop, O. Pulvar, J.C. William.
(Manifeste rédigé dans le cadre du mouvement social des Antilles. Février 2009)



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