Extraits Dialogue n° 165

Dialogue n° 165 - Mots détournés / savoirs marchandisés


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Éditorial

  • Mots détournés / savoirs marchandisés  Lire
    Le collectif Dialogue

Nommer les choses 
  • Soigner la langue, la leçon de Victor Klemperer
    Nicole GRATALOUP

    On connait la phrase de Camus « mal nommer un objet, c'est ajouter au malheur de ce monde », Francis Ponge dit aussi « la meilleure façon de servir la République est de redonner force et tenue au langage », et on trouvait déjà chez Platon cet avertissement : « un langage impropre n'est pas seulement défectueux en soi, mais il fait encore du mal aux âmes ». Le problème de la façon dont on nomme les choses n'est donc pas nouveau, mais il est toujours d'une brûlante actualité, et requiert de notre part une vigilance toujours renouvelée.

  • « Glissements progressifs vers... »
    Fabienne SCHMITT

    L'usage du langage révèle toujours quelque chose de notre rapport au monde. Parfois, les sens des mots glissent subrepticement vers leurs contraires ; les mots se trouvent alors pervertis, détournés de leur sens initial. Est-ce de la poésie ? Ou au contraire une manipulation qui fait perdre tout repère ? Le travail sur les mots qu'il soit jeu poétique, effort d'élucidation, de conceptualisation ou de restitution de leur sens premier, est toujours émancipateur, dans la mesure où il permet d'en explorer toutes les potentialités internes en plaçant tous et chacun à égalité devant la langue commune. La créativité ouvre des possibles. Pour autant, lorsque ce travail n'est pas partagé ni soumis à l'entendement de tous de façon transparente en respectant la langue, il peut s'avérer un redoutable outil de pouvoir et de manipulation.

  • La tarte à la crème du retour aux fondamentaux
    Valérie SULTAN

    Le « retour aux fondamentaux » est devenu un cliché multi-usages qui nettoie tout du sol au plafond. Inaugurée par Bernard  Laporte, qui nous avait rebattu le premier les oreilles avec les « fondamentaux du rugby », l'expression connaît aujourd'hui un remarquable essor : fondamentaux de la cuisine, de la vie de couple, du prêt à porter, du jardinage, de la belote, du bricolage, et bien sûr, du management ! L'obsession du « retour aux fondamentaux » est devenue tellement envahissante que les sociétés de marketing sont submergées de commandes de dépliants et autres plaquettes déclinant par le menu « les fondamentaux », voire dans les cas les plus farfelus, « l'ADN» de l'entreprise !
    Dans un tel contexte, on ne voit pas bien par quel miracle l'éducation nationale aurait pu échapper à cette inextinguible soif de fondamentaux, de bases, de socles et autres piliers.
Le savoir : bien humain ou marchandise ?
  • Quand le marché éducatif fait fi du savoir 
    Pascal DIARD

    L'éducation est devenue un marché mondialisé, sous la triple pression des organisations financières multinationales (FMI, Banque Mondiale), des grandes entreprises capitalistes et des structures politiques supranationales comme l'Union Européenne et l'OCDE1. Il y a encore 30 ans, peu de personnes en France osaient l'envisager, persuadées que nos traditions scolaires et notre système éducatif public avaient tout pour résister à ce projet libéral dominant. Et pourtant...

  • Du savoir comme «récit» à l'émergence actuelle du savoir comme « information »
    entretien avec Roland GORI (psychanalyste, professeur honoraire de psychologie et de psychopathologie clinique à l'université Aix-Marseille) par Michel NEUMAYER

    Roland Gori : J'ai traité la question de la marchandisation dans La fabrique des imposteurs mais également dans L'individu ingouvernable. Je pars de la réflexion de Jean-François Lyotard1 qui définit la portée anthropologique, à mon sens, de la révolution symbolique à laquelle nous assistons, celle de l'actuel passage à l'ère de l'économie de l'information, plus précisément à ce qu'on appelle le "capitalisme cognitif" :"Il est raisonnable de penser que la multiplication des machines informationnelles affecte et affectera la circulation des connaissances autant que l'a fait le développement des moyens de circulation des hommes d'abord (transports), des sons et des images ensuite (média). Dans cette transformation générale, la nature du savoir ne reste pas intacte. Il ne peut passer dans les nouveaux canaux, et devenir opérationnel, que si la connaissance peut être traduite en quantité d'information. On peut donc en tirer la prévision que tout ce qui dans le savoir constitué n'est pas traduisible sera délaissé, et que l'orientation des recherches nouvelles se subordonnera à la condition de la traduisibilité des résultats éventuels en langage de machine."

  • Marchandisation des savoirs dans un contexte de mondialisation. Et le management ?
    Sylvie CORDESSE MAROT

    « Avides de pouvoir, autoritaires, dénués de scrupules ou d'empathie, carriéristes patentés ou même incompétents... ». On prête tous les vices aux managers en particulier dans un contexte de mondialisation et de compétition exacerbées. Dans la même veine, on désigne l'entreprise en général comme lieu où règnent exclusivement l'exploitation et le harcèlement. Par contagion, le management est diabolisé. Ce serait la science de la docilisation et du profit à tout prix. Du coup, son enseignement est assimilé à de la propagande néo-libérale marquée par la marchandisation du savoir. Au lieu d'être un lieu d'éveil et de développement de la
    connaissance, les savoirs en management seraient mis exclusivement au service des entreprises privées et chargés de les alimenter en capital humain pour répondre aux besoins et aux pressions du marché.
    Cette caricature particulièrement prégnante chez les enseignants n'est pas fausse mais elle réduit le management à un seul de ses aspects.

Les mots et les actes
  • Innovation : mais jusqu'où s'arrêteront-ils ? 
    Valérie SULTAN

    Depuis quelques années, les discours sur l'innovation saturent l'espace politique et économique. Hors de l'innovation point de salut
    ! Bien souvent, cette obsession de l'innovation vient se substituer à toute réflexion de fond. Pourtant, les injonctions lancinantes à « faire du neuf » ont produit bien peu d'innovations véritables, quand elles n'ont pas chuté sur des régressions préoccupantes. Le « tourbillon innovant » s'impose aujourd'hui à nous comme une doxa à laquelle nous devrions tous nous plier sans discuter, sous peine de devenir ces fameux « enseignants immobilistes qui refusent de bouger ». Tout cela doit être interrogé. Comment déconstruire cette doxa ? Qu'est-ce qui se cache derrière ? Et comment penser de manière vraiment efficace l'évolution de notre système éducatif ?

  • L'éducation nouvelle et l'innovation
    Maria-Alice MÉDIONI

    Lorsqu'on est militant du GFEN, la nécessité de l'innovation peut sembler de l'ordre de l'évidence. D'ailleurs, les innovations proposées par l'Éducation nouvelle depuis les années 20 du siècle dernier sont nombreuses et bien connues : le savoir ne s'accumule pas, il se construit dans une démarche où c'est le sujet qui apprend et lui seul, ce qui a du sens pour lui, en étant actif, en interaction avec le monde qui l'entoure et les autres, etc. ce qui fait dire à Jean Houssaye dans un récent ouvrage que « l'Éducation nouvelle, ce mouvement tentaculaire, protéiforme et dominant [...] a vraiment marqué les conceptions et les pratiques pédagogiques du XX° siècle, à tel point que l'on peut soutenir qu'en matière de conceptions pédagogiques nous vivons toujours en grande partie sous son régime » (2014, p. 345).
    Pour autant, au GFEN, nous nous interrogeons sur la promotion de l'innovation pédagogique telle qu'elle est organisée actuellement et sur sa capacité à transformer véritablement une école où domine massivement la pédagogie traditionnelle

  • Continuer de penser : la citoyenneté
    GFEN Île-de-France

    Le mot « citoyenneté » fait l'objet, ces deux dernières années, d'une tentative d'appropriation par l'institution scolaire ; notamment suite aux attentats. Les travaux du collectif Aggiornament montrent que cette tentative a modifié les orientations des travaux autour de la mise en place de l'Éducation Morale et Civique (EMC). Les candidats à l'élection présidentielle, eux aussi, se sont réclamés d'une définition souvent lissée et déproblématisée du terme. Elle ne serait plus qu'une acceptation déférente – voire silencieuse – de valeurs françaises ; qui attribuerait, par la suite seulement, un vague pouvoir.
    C'est dans ce cadre que le groupe Île-de-France a proposé un stage de regroupement au rectorat de Créteil pour la rentrée 2016-2017 dans la rubrique CIV du plan de formation : « Éducation à la citoyenneté et à la santé ». Ce nouveau stage, nous l'avons intitulé « Former à la citoyenneté par situations-problème ». Il s'agissait de ne pas abandonner ce mot, si stratégique et important, à une lecture unidimensionnelle. Cette notion a une histoire. Elle est, depuis toujours, l'enjeu de conflits d'intérêts majeurs. La formation à une citoyenneté critique reste, pour le GFEN, l'un des objectifs essentiels de nos pratiques et de nos formations.


  • L'Établissement contre l'Institution  
    Jean-Louis CORDONNIER

    Le programme prévoyait d'étudier le cerveau, son anatomie, les neurones qui le constituent, les potentiels d'actions qui le parcourent, les neurotransmetteurs qui assurent le fonctionnement des synapses. J'ai suivi le programme et pour finir, j'ai fait travailler les élèves pendant une heure sur des phrases. L'objet du débat étant de confronter différents points de vue sur les rapports entre le cerveau et la pensée.
    Ça n'a pas du tout plu au représentant de la PEEP. À plusieurs reprises, en conseil de classe, il avait déjà exigé que je fasse des « cours », c'est-à-dire que je dicte des notions de biologie et que je fasse des contrôles notés, pour voir si les élèves avaient bien retenu. Comme en plus, je ne mettais pas de notes, il a fait assez de foin, pour que finalement le proviseur s'en émeuve et organise
    une réunion entre l'inspecteur, une délégation de parents, et moi.
Le cahier du LIEN
Ce nouveau «Cahier du LIEN» prend la forme d'une carte blanche proposée à Pascal Montoisy, coopérant belge en Bolivie depuis 16 ans et membre du Groupe belge d'Éducation nouvelle (GBEN).
«Inscrit dans une tentative de D/dialogue», écrit Pascal, qui s'implique depuis peu dans de nouveaux projets en Haïti, «le lecteur est invité ici à construire sa propre idée de l'éducation communautaire en se plongeant dans la philosophie d'une expérience éducative participative bolivienne ; en s'imprégnant du contexte, des sentiers choisis ; en s'essayant à des défis permettant d'entrevoir quelques lueurs de l'interculturalité cognitive et en partageant le vécu de certains témoins.»
  • Le Groupe d'Éducation pour une Bolivie Nouvelle (GEBN) s'engage dans l'éducation communautaire
    Pascal MONTOISY

  • (Ré)écrire l'histoire commune 

  • Vers de nouvelles recherches culturelles 

  • Entretien complémentaire avec Pascal Montoisy


Nous avons reçu... 
  • Faire débat : proposition pour une didactique pragmatiste de la philosophie
    Christophe POINT

    Le travail du traitement du sujet a toujours été laborieux en classe de terminale. Il témoigne de la distance entre le sens commun des élèves et les opérations philosophiques complexes nécessaires à la dissertation. Le sujet ne « parle » pas aux élèves car il semble étranger à l'usage commun du langage et de la réflexion. Le comprendre ne relève alors plus d'aucune utilité si ce n'est celle de faire plaisir au professeur ou de se soumettre à l'exercice. Nous sommes donc bien en présence d'un problème d'apathie pédagogique vis-à-vis du sujet de dissertation.
    Face à ce problème, les professeurs de philosophie se replient généralement derrière l'impératif du programme, de la tradition française, quand ce n'est pas un simple "c'est comme ça et puis c'est tout". Nous souhaitons proposer ici une autre façon d'aborder la nécessaire étude du sujet de dissertation en classe de terminale.
Nouveau...
  • Un Groupe sciences au GFEN
    par Catherine LEDRAPIER

    Il existe depuis longtemps au GFEN plusieurs secteurs : secteurs philo, langue, écriture & poésie, arts plastiques, maternelle... il existe maintenant aussi un groupe sciences. Quelques mots tout d'abord pour présenter les raisons et objectifs à l'origine de la création de ce groupe sciences.

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