Jack Ralite : "Courir plus vite que la beauté"


   
Jack Ralite, figure incontournable de Seine Saint Denis et tout particulièrement d'Aubervilliers dont il fut maire de 1974 à 2003 s'est éteint le 12 novembre 2017. Ministre de la Santé de 1981 à 1983, puis ministre délégué à l'Emploi de 1983 à 1984, sous le premier mandat de François Mitterrand, il fut un infatigable défenseur de  la culture qu'il voulait rendre accessible au plus grand nombre. Il a notamment œuvré au développement du Théâtre de la Commune, classé aujourd'hui Centre dramatique national.

Militant politique infatigable, il alertait en 2014 le Président de la République sur la nécessité d'une culture non privatisée : « Il y a besoin d'une nouvelle conscience alors que croît la tentation de réduire la culture à un échange : j'ai produit, tu achètes. La culture se décline au contraire sur le mode : nous nous rencontrons, nous échangeons autour de la création, nous mettons en mouvement nos sensibilités, nos imaginations, nos intelligences, nos disponibilités. C'est cela qui se trouve en danger et requiert notre mobilisation et notre appel en votre direction. »


En 1995, Il accueillait le GFEN à Aubervilliers pour des Rencontres Nationales : « Savoir et citoyenneté en banlieue »  par un très beau texte : « Courir plus vite que la beauté »

L'exclusion, le savoir, la citoyenneté
L'exclusion concerne la société tout entière, et dire cela, c'est quitter la politique de compassion, traitant le pauvre dans l'homme et pas l'homme dans le pauvre, c'est considérer que les réponses aujourd'hui, caritatives ou redistributives, sont des réponses au minimum. La crise du lien social englobe le centre comme les marges. La vie difficile de banlieue met en cause le système de promotion sociale, l'échec scolaire, le modèle de réussite, la drogue, le sens de l'existence. La banlieue n'est pas malade et le centre bien portant ; la maladie de la banlieue, d'une forme particulière, c'est vrai, plus approfondie c'est vrai, renvoie à la maladie fondamentale du centre. Je crois que c'est un,e question tout à fait forte. Si on n'a pas cela dans la tête, on ne travaille pas sur le fond des choses, on ne travaille pas sur la société dans sa globalité, mais on travaille sur des cas, on traite du malheur et pas du mal. Et je crois qu'il y a un tournant social, politique.
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de l'article paru dans
Dialogue n° 83/84


Voir également :

- L'hommage d'Yves Clot à Jack Ralite, voir

- Une série d'émissions en hommage à Jack Ralite au théâtre de la Commune à Aubervilliers, voir

- Un document de L'INA : entretiens avec Jack Ralite, voir