Enseignement des Langues : Le "système des îlots bonifiés", de fausses bonnes solutions à de vrais problèmes.

Article collectif en réaction aux propositions de Marie RIVOIRE ("travailler en îlots bonifiés", Chambéry : Génération5, 2012)

Introduction


Nous observons depuis quelques mois sur les listes de diffusion d'enseignants de langues, en particulier d'anglais (mais plus seulement), la multiplication d'échanges concernant un « système » dit « des îlots bonifiés », avec des comptes rendus d'utilisation enthousiastes, et des échanges de fiches de travail.

Nous avions depuis le départ de fortes réserves et critiques à formuler à l'encontre de ce « système ». Ce qui nous incite aujourd'hui à les rendre publiques, c'est que nous constatons que sa diffusion est de plus en plus souvent relayée par l'institution scolaire elle-même, avec des présentations sur des sites académiques (nous y reviendrons plus avant) ainsi que l'intégration de formations à ce « système » dans des plans académiques de formation, et que sa conceptrice se sert de cette diffusion institutionnelle comme argument de promotion.

Nous ne prétendons nullement donner des leçons ou faire des reproches à ces enseignants qui considèrent avoir enfin trouvé un « système » efficace pour résoudre les problèmes de discipline et de désintérêt pour l'apprentissage qui sont leur lot quotidien, particulièrement en collège, et qui les empêchent d'exercer correctement et sereinement leur métier. Nous ne sous-évaluons pas ces difficultés, ni leur désarroi devant des situations qu'ils ne savent pas gérer parce que leur formation ne les y a pas préparés ou parce qu'elles sont ingérables dans un cadre scolaire ordinaire, alors même que trop souvent leur administration ne les soutient pas ou, pire, les en rend responsables. Nous ne mettons pas non plus en doute la compétence personnelle, ni la bonne foi de la collègue qui a élaboré ce « système » et le diffuse, et nous reconnaissons volontiers son mérite, qui est d'avoir pris à bras le corps les problèmes les plus brûlants auxquels sont confrontés beaucoup d'enseignants qui doivent rattraper les élèves « les plus perdus », gérer les « irréductibles » au « comportement rebelle », et mettre en activité même les « dilettantes notoires » (pp. 69-70). À l'origine de l'élaboration de son « système », sa conceptrice parle d'ailleurs d'une « réaction de survie ». (p. 68)

Nous voulons seulement attirer ici l'attention de ces collègues sur les problèmes que posent à notre avis la conception de ce « système », ses techniques de diffusion et sa mise en oeuvre dans les classes. Nous nous basons principalement pour notre analyse, comme il est normal, sur l'ouvrage écrit par sa conceptrice, ouvrage qui comporte par ailleurs des exemples concrets de mise en oeuvre. Nous soumettons ici à nos collègues enseignants un certain nombre de considérations que nous leur demandons d'examiner sans les rejeter d'emblée au titre qu'elles seraient « théoriques » et de ce fait même sans aucun poids face à l'expérience pratique. L'enseignement en général, comme toute forme d'action sociale, ne peut se passer de la réflexion sur les valeurs, qui en guident la direction, et sur les principes pédagogiques, qui en guident la conduite ; et l'enseignement d'une langue, en particulier, ne peut se passer de la réflexion sur les modèles cognitifs et linguistiques correspondants, ni sur la diversité des modèles méthodologiques par lesquels nos prédécesseurs ont cherché, depuis longtemps, à améliorer cet apprentissage tout en s'adaptant à la diversité des élèves, des objectifs et des environnements didactiques.


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