Philippe Meirieu : «Une école préfigure toujours un projet de société» interview dans l'Humanité




A lire sur le site de l'Humanité, l'interview de Philippe Meirieu :

«Une école préfigure toujours un projet de société »

Vendredi, 18 Janvier 2019, par Nicolas Mathey

L'universitaire en sciences de l'éducation, souvent présenté comme la figure de proue des pédagogues, poursuit sa réflexion concernant l'enseignement public. Dans la Riposte, il appelle à œuvrer «?sans fatalisme et sans simplisme?» devant les politiques éducatives actuelles et les évolutions sociales et sociologiques.


 

Dix ans après le Devoir de résister (ESF éditeur), qui s'en prenait déjà au retour aux bonnes vieilles méthodes, vous publiez la Riposte (Autrement). À qui, à quoi entendez-vous riposter ?

Philippe Meirieu Au fatalisme et au simplisme en matière éducative. À ce fatalisme qui a pu prendre le visage de la «?psychologie des dons?» en expliquant qu'il y avait les enfants prédestinés à la réussite et les autres, et parfois le visage d'un «?sociologisme?» déterministe, pour qui les difficultés sociales étaient insurmontables et que de ce fait les enseignants ne pouvaient que se désespérer en contemplant la reproduction des inégalités. Ce fatalisme prend la forme d'un libéralisme technocratique auquel il n'y aurait pas d'alternative?: le service public qui s'efforçait de garantir, grâce à l'effort de l'État et au soutien de la nation, un droit à l'éducation pour toutes et tous, serait condamné, voué à être remplacé par une multitude de services au public mis en concurrence, répondant à la diversité des aspirations idéologiques et claniques de groupes sociaux condamnés à s'ignorer. Je suis exaspéré par l'avalanche de solutions simplistes et de remèdes miracles qui dévale sur l'éducation et l'école?: cela va de la méthode de Singapour, censée résoudre miraculeusement les problèmes d'apprentissage en mathématiques, au «?retour?» de la méthode syllabique, qui permettrait d'apprendre à lire et à comprendre de manière quasiment mécanique, jusqu'au merchandising autour de la méthode Montessori, qui réconcilierait l'acquisition des fondamentaux et celle de l'autonomie, ou au matraquage sur les neurosciences, qui nous livreraient enfin la clé universelle de l'enseignement. Et je ne dis rien de cette profusion invraisemblable des «?outils de développement personnel?» recyclés en éducation, de la «?méditation de pleine conscience?» à la «?psychologie positive?»?! Tout cela renvoie, d'ailleurs, une question de société?: quand la lutte quotidienne pour une vie décente et la mise en concurrence systématique entre les personnes provoquent autant de souffrances et de blessures, tant que l'on ne veut pas s'attaquer au mal profond, on se contente (et on fait du profit avec cela?!) de mettre sur le marché des pansements individuels pour rendre la situation à peu près tolérable.

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