Zoom : Les interrogations du Secteur Philo


Les interrogations du Secteur Philo 

 Ce texte est un compte rendu de notre réunion de rentrée le 2 octobre 2011, et il nous a paru intéressant de le publier dans ACTU, à la demande du SGC, pour informer le mouvement de nos interrogations.

 

La base de la discussion a été l'analyse et le bilan du stage « Auteur et autorité » que nous avons fait fin août et qui a réuni 21 personnes. Elle a été essentiellement centrée sur la question de la démarche, plus que sur le contenu  du stage : cela fait quelques années que nous cherchons à retravailler l'idée et la pratique de la démarche, et cette discussion nous a permis de cerner plus précisément nos questions.

 

A partir du sentiment d'inachèvement que nous ont laissé plusieurs démarches du stage, nous nous sommes posé une première question : que veut dire « aller jusqu'au bout d'une démarche » ? S'agit-il d'ouvrir des pistes de réflexion multiples et diverses (à une époque au GFEN on parlait de « démarche d'exploration »), ou bien de faire une vraie construction de savoir sur un objet ? D'ouvrir de grands chantiers ou d'élaborer du savoir de manière plus précise et plus cadrée ? La dimension de défi, de pari de réussite, de plaisir du « remue-méninges » suffit-elle pour que les élèves aient appris quelque chose ? Et peut-on compter sur la frustration engendrée par une démarche non aboutie pour susciter le désir d'en savoir plus ?

Qu'est-ce qu'une démarche « qui marche » ? Peut-on cerner ce qu'on en attend, au niveau cognitif, et évaluer ce qui a été acquis ? Certains dans le groupe sont allergiques à la notion d'évaluation, à cause de son omniprésence dans le discours néolibéral actuel, d'autres pensent qu'il ne faut pas laisser la question à la logique managériale, sous peine d'en subir passivement les effets..

Qu'est-ce qu'une consigne qui fonctionne ? On peut avoir une super bonne idée de démarche et ne pas trouver les consignes opérantes pour qu'elle fonctionne. Cela suppose sans doute de redéfinir les objectifs de la démarche en philo : en termes de « geste philosophique », en termes de contenus de savoir, en termes de construction de repères conceptuels sur un champ de questionnement ? Mais aussi de trouver les outils, dans la consigne, pour que les acquis de la démarche puissent être nommés et pensés de la manière la plus claire possible. Par exemple, quelle est la fonction de la consigne « faire une affiche », à quoi servent les affiches, à quelles conditions sont-elles utiles ? Ou encore, comment rendre les consignes de lecture de textes plus efficaces ?


Une autre question nous a occupés : qu'est-ce qui différencie une démarche faite en stage et une démarche faite en classe ? Y a-t-il une différence de nature liée à la différence de cadre institutionnel, de compétences des participants, ou bien une différence de degré seulement ? Sommes-nous en stage comme des élèves ? L'animateur d'une démarche en stage a-t-il le même statut, la même fonction, les mêmes responsabilités qu'un prof dans sa classe ? Qu'en est-il de l'égalité ou de l'inégalité entre prof et élèves, animateur et stagiaires ? L'institution du groupe classe dans l'égalité des intelligences, est-ce que ça se construit ? Est-ce que ça doit être présupposé pour pouvoir se construire ? Pourquoi peut-on avoir l'impression que les démarches du GFEN sont plus difficiles à défendre devant les élèves qu'avec des stagiaires ?

 

Et par voie de conséquence, quel rapport entre notre travail au sein du groupe philo et notre travail de prof (ou notre travail professionnel en général) ? Quel doit être le travail du groupe philo ? Un groupe pour réfléchir à des questions philosophiques qui nous intéressent, pour nous ? Un groupe pour préparer des démarches qu'on réinvestira dans sa classe, après les avoir expérimentées en stage ? Un groupe pour réfléchir aux enjeux politiques de l'éducation ? Tout cela à la fois ? Autre chose encore ?

 

Bref, sur ces questions, des désaccords vifs se sont exprimés, dont les enjeux nous semblent importants pédagogiquement et politiquement : nous voulons donc les avoir en tête cette année comme une sorte de fil rouge, et les travailler à l'intérieur des différents objets de travail que nous proposerons tout au long de l'année.

Par ailleurs, et parallèlement, nous continuons à travailler des questions politiques : par exemple, le 6 novembre, François Athané nous a présenté ce qu'il a fait avec diverses classes autour d'une conférence de Sartre (1967, dans Situations VIII) consacrée à la justice internationale, dans le cadre du Tribunal Russell sur les crimes de guerre commis par l'armée américaine au Vietnam. Le 4 décembre, Jean-Charles Royer et Fabienne Khoudar nous feront un compte rendu de lecture du dernier livre de Christian Laval (et alii) La nouvelle école capitaliste (La Découverte, 2011). On entend beaucoup dire en ce moment que les pratiques d'éducation nouvelles sont « complices » des conceptions néolibérales de l'école... qu'en est-il ? Peut-on travailler à une « éthique politique de l'éducation » qui lèverait ce soupçon ?

 

Calendrier des réunions 2011-2012

Les réunions ont lieu le dimanche, de 10h à 17h, au siège du GFEN 14 avenue Spinoza à Ivry/Seine. Pique-nique sur place à midi et hébergement possible si vous nous prévenez à l'avance, remboursement des frais de transport pour ceux qui viennent de loin. Les dates à venir sont : 4 décembre, 8 janvier 2012, 5 février, 11 mars, 1er avril, 13 mai, 10 juin.

Pour recevoir les infos du secteur, merci d'envoyer votre adresse mail à nicole.grataloup2@wanadoo.fr

 

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