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Edito ACTU juillet 2010

Le congrès, un défi pour le mouvement !

Christine Passerieux


Ce n'est pas invoquer une quelconque théorie du complot que de penser qu'est actuellement à l'œuvre, dans le concret des orientations et décisions prises par les politiques, une véritable révolution sociétale où l'économie mène le monde, et où la vocation de l'éducation est de former un nouvel homme européen compétitif, concurrentiel, dont l'évaluation des compétences se fera à l'aune des besoins du marché[1] !
La réforme des systèmes éducatifs, tant dans leurs orientations que leurs structures et contenus devient impérative dans ce contexte et s'accélère depuis le conseil européen de Lisbonne en 2000. Il s'agit bien d'  adapter les systèmes d'éducation et de formation à la société et à l'économie de la connaissance »[2]
C'est une mutation qui est en cours. Les finalités humanistes de l'école sont balayées. Le projet actuel « a pour principe l'instrumentalisation de l'homme au service de l'économie »[3]. Les prescriptions « secrètes » faites aux recteurs en sont l'illustration et s'inscrivent en parfaite cohérence avec les mesures précédentes pour l'éducation nationale mais aussi avec l'ensemble de la politique sociale (précarisation galopante ; réduction drastique des moyens élémentaires de fonctionnement dans le secteur public ; baisse sensible du pouvoir d'achat des salariés et en particulier des « gaspilleurs »de la fonction publique ; nouveaux programmes de 2008 pour l'école primaire..). Si d'aucuns ont pu avoir quelques doutes sur la volonté du pouvoir de faire reculer l'échec, les choses ont désormais le mérite d'être claires. Ainsi l'aide prônée à tous les étages apparaît bien pour ce qu'elle est et que nous ne cessons de dénoncer : un cache misère pour faire mieux accepter à notamment par ceux qui en sont les première victimes -  la violence d'une ségrégation scolaire sur des critères socio-culturels.
La nov langue se charge de nous faire prendre les renoncements à la démocratie pour de la modernité, la charité pour le progrès, la régression pour l'efficacité, l'individualisation sélective pour le respect des singularités .... Et cela peut être efficace ... Quand le quotidien se fait lourd, des solidarités se fissurent .... C'est bien là le piège mortifère d'une l'individualisation qui organise le contrôle social en faisant anticiper le renoncement, provoquer des replis sur soi, appréhender l'autre comme potentiellement dangereux.
Il semble pourtant que le phénomène n'ait rien d'irrépressible ! Pour seul exemple : quatre nouveaux  groupes du GFEN viennent de se créer ces derniers mois. Et ce qui peut nous intéresser au-delà de l'anecdote, ce sont les mobiles de ceux qui ont décidé de se lancer dans l'aventure de l'éducation nouvelle :  revendication de sa dignité (personne ne peut nous empêcher de penser et d'inventer) ; besoin de tisser des liens de solidarité (seuls on est condamnés, à plusieurs on peut devenir une vraie force) ; volonté d'administrer la preuve qu'il y a des possibles (on a des outils pour que l'échec ne soit pas inéluctable) ; désir de restaurer le sens et  le plaisir du métier... C'est sur ces bases que se prépare le congrès du GFEN. Ce congrès représente une belle occasion de rencontre pour tous ceux qui n'ont pas renoncé et cherchent d'autres moyens d'agir afin de lever les fatalités, qu'ils soient dans ou hors l'École.
Comment donner un nouveau souffle à la démocratisation ? Existe-t-il une alternative à l'épuisement professionnel ? Quelles ruptures est-il possible d'engager ici et maintenant sur nos terrains respectifs ? Dans un tel contexte, notre responsabilité est de taille.
Il s'agit d'œuvrer à un agir collectif contre l'individualisme ambiant stérile et mortifère, de remettre en chantier nos fondamentaux pour en pointer les aspects clés et en élargir le partage, de croiser nos expériences avec d'autres. Plus que jamais, comme le dit Rancière, il importe de révéler les intelligences à elles-mêmes et de s'inscrire dans cet optimisme de la volonté, seul garant d'alternatives émancipatrices. Christine Passerieux

[1]     Bruno, Clément, Laval, La grande mutation, néolibéralisme et éducation en Europe, Syllepses, Iru, 2010

[2]     2003  Commission européenne « Education et formation 2010 : l'urgence des réformes pour réussir la stratégie de Lisbonne

[3]     Opus cité

 
 
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