Le congrès, un défi pour le mouvement !
Christine Passerieux
Ce n'est pas invoquer une quelconque théorie du complot que de penser qu'est actuellement à l'œuvre, dans le concret des orientations et décisions prises par les politiques, une véritable révolution sociétale où l'économie mène le monde, et où la vocation de l'éducation est de former un nouvel homme européen compétitif, concurrentiel, dont l'évaluation des compétences se fera à l'aune des besoins du marché[1] !
La réforme des systèmes éducatifs, tant dans leurs orientations que leurs structures et contenus devient impérative dans ce contexte et s'accélère depuis le conseil européen de Lisbonne en 2000. Il s'agit bien d' adapter les systèmes d'éducation et de formation à la société et à l'économie de la connaissance »[2]La nov langue se charge de nous faire prendre les renoncements à la démocratie pour de la modernité, la charité pour le progrès, la régression pour l'efficacité, l'individualisation sélective pour le respect des singularités .... Et cela peut être efficace ... Quand le quotidien se fait lourd, des solidarités se fissurent .... C'est bien là le piège mortifère d'une l'individualisation qui organise le contrôle social en faisant anticiper le renoncement, provoquer des replis sur soi, appréhender l'autre comme potentiellement dangereux.
Il semble pourtant que le phénomène n'ait rien d'irrépressible ! Pour seul exemple : quatre nouveaux groupes du GFEN viennent de se créer ces derniers mois. Et ce qui peut nous intéresser au-delà de l'anecdote, ce sont les mobiles de ceux qui ont décidé de se lancer dans l'aventure de l'éducation nouvelle : revendication de sa dignité (personne ne peut nous empêcher de penser et d'inventer) ; besoin de tisser des liens de solidarité (seuls on est condamnés, à plusieurs on peut devenir une vraie force) ; volonté d'administrer la preuve qu'il y a des possibles (on a des outils pour que l'échec ne soit pas inéluctable) ; désir de restaurer le sens et le plaisir du métier... C'est sur ces bases que se prépare le congrès du GFEN. Ce congrès représente une belle occasion de rencontre pour tous ceux qui n'ont pas renoncé et cherchent d'autres moyens d'agir afin de lever les fatalités, qu'ils soient dans ou hors l'École.
Comment donner un nouveau souffle à la démocratisation ? Existe-t-il une alternative à l'épuisement professionnel ? Quelles ruptures est-il possible d'engager ici et maintenant sur nos terrains respectifs ? Dans un tel contexte, notre responsabilité est de taille.
Il s'agit d'œuvrer à un agir collectif contre l'individualisme ambiant stérile et mortifère, de remettre en chantier nos fondamentaux pour en pointer les aspects clés et en élargir le partage, de croiser nos expériences avec d'autres. Plus que jamais, comme le dit Rancière, il importe de révéler les intelligences à elles-mêmes et de s'inscrire dans cet optimisme de la volonté, seul garant d'alternatives émancipatrices. Christine Passerieux
[1] Bruno, Clément, Laval, La grande mutation, néolibéralisme et éducation en Europe, Syllepses, Iru, 2010
[2] 2003 Commission européenne « Education et formation 2010 : l'urgence des réformes pour réussir la stratégie de Lisbonne
[3] Opus cité